Mango tree with sparse leaves and fruit growing on cracked dry ground in an arid landscape

MANGUE: La rareté fait la cherté

Symbole incontournable de la saison chaude au Mali, la mangue traverse cette année une période paradoxale. Alors que le pays demeure l’un des grands producteurs de mangues en Afrique de l’Ouest, le fruit devient de plus en plus rare sur les marchés locaux. Dans plusieurs villes, notamment à Bamako, Sikasso ou Koulikoro, vendeurs et consommateurs constatent une hausse inhabituelle des prix, alimentée par la baisse des récoltes et l’orientation croissante de la production vers l’exportation.

Sur de nombreux marchés, les étals autrefois abondamment garnis, affichent désormais des quantités limitées. Certaines variétés populaires se vendent difficilement, tandis que les prix connaissent une augmentation notable. Là où quelques pièces s’achetaient autrefois à bas coût, les consommateurs déboursent désormais entre 100 et 150 francs CFA pour une seule mangue, selon la qualité et la variété.

Pour les commerçants, cette situation résulte d’un ensemble de facteurs. D’abord, plusieurs producteurs évoquent une campagne agricole difficile. Les fortes chaleurs, l’irrégularité des pluies et certaines contraintes liées à l’entretien des vergers auraient affecté cette année le rendement dans plusieurs zones de production. À cela s’ajoutent les difficultés de transport et de conservation des fruits, particulièrement dans les régions éloignées des grands centres urbains.

Mais au-delà des contraintes climatiques et logistiques, un autre phénomène attire l’attention : l’exportation massive des récoltes vers les marchés étrangers. La forte demande internationale pousse de nombreux producteurs et opérateurs économiques à privilégier les circuits d’exportation, jugés plus rentables que le marché local.

Dans les marchés de Bamako, cette tendance se ressent directement sur les prix. Awa Traoré, vendeuse de fruits, témoigne :

« Cette année, les mangues sont difficiles à avoir. Les fournisseurs disent qu’il y a moins de production et qu’une grande partie des récoltes part à l’exportation. Nous aussi, nous sommes obligés d’augmenter les prix pour ne pas travailler à perte. »

Chez les consommateurs, les inquiétudes grandissent. Fruit apprécié pour son goût rafraîchissant et sa forte disponibilité pendant les périodes de chaleur, la mangue devient progressivement inaccessible pour certaines familles.

Moussa Diallo, habitué à consommer régulièrement ce fruit, regrette cette flambée des prix :

« Avant, avec 100 francs, on pouvait acheter plusieurs mangues. Aujourd’hui, une seule mangue peut coûter jusqu’à 150 francs. Cela devient compliqué pour beaucoup de personnes. »

Même constat chez Fatoumata Coulibaly, mère de famille :

« Les enfants aiment beaucoup la mangue, mais avec la vie chère actuelle, nous ne pouvons plus en acheter souvent. On est obligé de limiter certaines dépenses. »

Malgré cette hausse des prix, certains consommateurs continuent néanmoins d’acheter des mangues, estimant qu’elles restent presque indispensables durant la saison chaude, tant pour leur saveur que pour leurs qualités nutritionnelles.

Car au-delà de son importance économique, la mangue occupe une place essentielle dans l’alimentation. Selon Amara Diallo, conseiller en nutrition, santé et comportement alimentaire, ce fruit tropical possède de nombreuses vertus bénéfiques pour l’organisme.

« La mangue est particulièrement riche en vitamines, en fibres, en antioxydants et en minéraux essentiels. Elle contribue à une alimentation équilibrée et participe au renforcement du système immunitaire », explique-t-il.

Le spécialiste précise que la mangue contient notamment des vitamines A, C et plusieurs vitamines du groupe B, ainsi que du potassium, du magnésium, du calcium, du fer et du zinc. Grâce à sa richesse en eau et en glucides, elle constitue également une source importante d’énergie, notamment pour les personnes exposées à de fortes chaleurs ou pratiquant des activités physiques.

Amara Diallo souligne également ses effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire et la prévention de certaines maladies chroniques. Il recommande toutefois une consommation modérée chez les personnes diabétiques, particulièrement lorsque le fruit est très mûr en raison de sa forte teneur en sucre.

Cette situation relance aujourd’hui le débat sur l’équilibre entre exportation des produits agricoles et satisfaction des besoins alimentaires locaux. Si l’exportation de la mangue représente une source importante de revenus pour les producteurs et pour l’économie nationale, plusieurs consommateurs s’interrogent sur les conséquences de cette orientation sur l’accessibilité du fruit pour les populations maliennes.

Entre baisse de production, difficultés d’approvisionnement et pression des marchés internationaux, la mangue, autrefois considérée comme un fruit abondant et accessible à tous, tend progressivement à devenir un produit plus rare et plus coûteux. Une évolution qui illustre les tensions croissantes entre rentabilité économique, changement climatique et sécurité alimentaire.

Korotoumou Traoré

Source: Mali-Tribune

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