Dans une corporation transmise de père en fils, elle a brisé le monopole masculin sans jamais quitter le clan. Entre préparation minutieuse des mortiers, découpes complexes et formation de la relève, Mariam Fané maîtrise chaque étape du revêtement de surface. Pionnière au Plateau 3 de Koulikoro, cette artisane de 26 ans fait de la pose en continu sa signature technique. Portrait d’une artisane qui façonne les sols et murs de la région.
À Koulikoro, au quartier Plateau 3, la famille Fané transmet l’art du carrelage de génération en génération. Les hommes y règnent en maîtres jusqu’à ce que Mariam Fané vienne bousculer cette tradition. Dès l’âge de 10 ans, elle choisit de suivre ses grands frères et ses oncles sur les chantiers. L’école s’interrompt tôt, mais l’apprentissage du geste technique s’installe dans son quotidien. Une anecdote racontée par son oncle au sujet d’une ancienne ouvrière ayant abandonné le métier après son mariage achève de former sa détermination.
À 26 ans, Mariam s’est imposée dans un secteur où la présence féminine demeure exceptionnelle. Son parcours prend un tournant formel en 2018 lorsque, avec l’aide d’un proche pour les démarches administratives, elle décroche le Diplôme d’Études Fondamentales en candidate libre. L’année suivante, l’Agence Nationale pour l’Emploi de Koulikoro lui valide une formation certifiante et lui fournit un kit d’outillage pour se mettre à son compte. Elle préfère toutefois rester ancrée dans l’entreprise familiale pour en faire un levier d’action collective.
D’une stature de taille moyenne avec une silhouette robuste et des formes pleines. La tête couverte par un bonnet de couleur noire, Mariam s’habille en jeans et tee-shirts amples pour attaquer ses journées. Artisan du bâtiment, elle intervient sur le revêtement des sols et des murs, en intérieur pour les salles de bains, cuisines ou séjours, comme en extérieur sur les terrasses et façades. Sa méthode repose sur une préparation rigoureuse. Elle vérifie et nettoie d’abord la surface avant d’appliquer une première barbotine de ciment liquide. Une seconde couche plus ferme, composée de ciment, d’eau et de sable, est projetée à la tourelle pour garantir l’accroche, puis dressée à la règle de maçon afin d’éliminer creux et bosses.
Mariam prend ensuite les mesures, trace le plan de pose et découpe les matériaux pour contourner angles, tuyaux, prises et interrupteurs. Une couche de ciment frais est réappliquée pour poser les carreaux un par un. Elle privilégie la pose en continu, réalisée d’un seul jet sur l’ensemble d’une pièce. Cette technique évite les décalages de niveau dus au séchage du ciment, prévient les fissurations et garantit l’alignement des joints. L’ajustement final s’effectue au maillet en caoutchouc avant le scellement au joint de ciment et le nettoyage.
Cette précision lui vaut une réputation solide qui dépasse Koulikoro. Ses chantiers l’amènent à intervenir dans une douzaine de villages de la région de Sikasso, ainsi qu’à Bamako, où des particuliers la sollicitent directement. Les grilles de rémunération restent alignées sur les pratiques du secteur, allant de 2 500 à 5 000 F CFA par jour pour les apprentis, et de 1 000 à 3 000 F CFA le mètre carré pour les artisans confirmés.
Mariam Fané assure aujourd’hui la transmission du savoir-faire. Elle encadre plusieurs apprentis, dont sa propre nièce, titulaire du baccalauréat depuis 2023, qu’elle forme pour en faire son binôme. Célibataire et soutenue par ses proches dans ses choix de vie, elle concilie ses responsabilités professionnelles avec le fonctionnement du foyer familial.
Aminata Traoré
Source:Mali-Tribune

