Après cinq ans d’interdiction d’accueillir des élèves réorientés par l’État, près de 200 établissements secondaires privés voient leur sanction levée à l’aube de la rentrée 2026-2027. Mais derrière le pragmatisme affiché face à l’engorgement du public, l’opacité des critères de régulation et l’absence de redevabilité de l’État suscitent de vives inquiétudes.
En cette fin d’août 2026, la décision est tombée : près de 200 établissements secondaires privés, bannis depuis 2021 de la liste des écoles habilitées à recevoir des admis au Diplôme d’Études Fondamentales (DEF), ont de nouveau droit de cité.
Officiellement justifiée par la dégradation générale du système scolaire et la volonté de procéder à une restructuration globale, la mesure visait à assainir un secteur en forte expansion.
Toutefois, la concrétisation de cette refonte reste difficile à évaluer. À la veille de la rentrée scolaire 2026-2027, la levée du gel intervient sans que le Ministère de l’Éducation nationale n’ait rendu public un bilan d’évaluation des structures impactées. Interpellé sur la formalisation de cette levée et sur les critères objectifs retenus pour qualifier ces écoles d’« aptes », le département s’est refusé à tout commentaire.
La décision qui tient sur juste un feuillet, ne documentent pas publiquement les exigences techniques, pédagogiques ou administratives désormais imposées. Elle exige seulement aux établissements d’être conforme avec la règlementation en vigueur dans un délai de 18 mois. A l’expiration de ce délai, tout établissement non conforme s’exposerait aux sanctions prévues par les textes.
Ce manque de transparence entretient des incertitudes sur la rigueur de la sélection, alors même que le secteur privé éducatif a souvent été critiqué pour l’inégalité de ses prestations et le non-respect des cahiers des charges.
L’argument central en faveur de cette levée de suspension réside dans la surcharge critique des infrastructures éducatives publiques. Confronté à un afflux constant d’élèves et aux répercussions d’une crise sécuritaire persistance ayant entraîné la fermeture ou la saturation de nombreux établissements, l’État se trouve dans l’incapacité d’absorber seul la totalité des effectifs du DEF.
Le recours aux structures privées s’impose donc davantage comme une nécessité d’urgence logistique et sociale que comme l’aboutissement préétabli d’une réforme planifiée.
Certes, du côté des promoteurs privés, c’est le soulagement. Ils saluent une reconnaissance bienvenue de leur rôle complémentaire dans un pays où l’État ne peut pas tout assumer. Pour les familles modestes, c’est aussi l’espoir d’offrir à leurs enfants un cadre d’étude décent grâce aux subventions publiques de réorientation.
Mais les observateurs avisés ne partagent pas cet enthousiasme. Sans régulation stricte, on risque un retour fracassant des vieilles dérives.
En l’absence d’un contrôle rigoureux, la tentation demeure élevée pour certains établissements de privilégier les élèves payants au détriment de ceux orientés et subventionnés par l’État. Avec la reprise des transferts financiers publics vers le privé, les craintes d’irrégularités ou de favoritisme dans la distribution des subventions referont surface. Aussi, la réhabilitation sélective ou globale sans audit public laisse subsister de profonds écarts de qualité d’enseignement selon les localités, exacerbant les disparités régionales.
Aminata Traoré
Source: Mali-Tribune

