La Friedrich-Ebert-Stiftung au Mali a présenté, mercredi 19 août 2026, la 17ᵉ édition de son enquête nationale d’opinion, Mali-mètre. Malgré la persistance du terrorisme, de l’insécurité alimentaire et des difficultés économiques et énergétiques, plus de la moitié des personnes interrogées considèrent que la situation générale du pays s’est améliorée. Le rapport révèle toutefois d’importantes disparités territoriales.
La 17ᵉ édition du Mali-mètre dresse le portrait d’un pays partagé entre optimisme, inquiétudes sécuritaires et difficultés économiques. Présenté au bureau de la Friedrich-Ebert-Stiftung à Bamako, le rapport de 91 pages analyse les perceptions des citoyens sur la situation générale du Mali, la sécurité et la gestion de la crise du carburant.
L’étude repose sur un échantillon de 2 220 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées à Bamako et dans dix capitales régionales. La sélection des répondants a été effectuée selon la méthode des quotas, en tenant compte notamment du sexe, de l’âge et du niveau d’instruction.
Pour diversifier davantage les profils, l’enquête a réduit le nombre de personnes interrogées dans un même ménage et élargi le nombre de quartiers couverts. Cette évolution méthodologique vise à éviter une trop grande homogénéité des réponses.
Les données ont été recueillies entre le 10 et le 24 avril 2026, soit avant les événements survenus à partir du 25 avril. Le Mali-mètre constitue ainsi une photographie de l’opinion publique à la veille de cette période de turbulences nationales et internationales. Cette temporalité doit être prise en compte dans l’interprétation de ses résultats.
Un optimisme plus prononcé dans certaines régions
Selon l’enquête, 54,5 % des répondants estiment que la situation générale du Mali s’est améliorée au cours des douze derniers mois. En revanche, 22,5 % considèrent qu’elle est restée inchangée, tandis que 22,4 % font état d’une détérioration.
Cette appréciation varie considérablement selon les localités. Ménaka affiche le niveau d’optimisme le plus élevé : 87,5 % des personnes interrogées y perçoivent une amélioration de la situation générale. Sikasso et Kayes suivent avec respectivement 74 % et 69,6 % d’opinions favorables.
Bamako apparaît, en revanche, plus critique. Dans la capitale, 48,3 % des enquêtés constatent une amélioration, contre 27,3 % qui estiment que la situation s’est dégradée. À Taoudéni, 42,2 % des personnes interrogées signalent une évolution favorable, un taux qui traduit un optimisme plus mesuré.
Ces résultats dessinent une géographie contrastée des perceptions. Les populations ne portent pas le même regard sur l’évolution du pays selon leur lieu de résidence, leur environnement sécuritaire et leurs conditions économiques.
74,6 % perçoivent une baisse de l’insécurité
Les efforts des Forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme bénéficient d’une appréciation globalement favorable. Ainsi, 74,6 % des personnes interrogées considèrent que le niveau d’insécurité a diminué au cours des trois mois ayant précédé l’enquête.
À l’opposé, 15,3 % estiment que la situation sécuritaire est restée inchangée et 7,2 % constatent une aggravation. Les inquiétudes demeurent particulièrement présentes dans les régions de Mopti, Gao, Taoudéni et Kidal.
Le rapport fait donc ressortir une amélioration ressentie par une majorité de répondants, sans pour autant occulter la persistance de foyers d’insécurité. Dans plusieurs localités, la menace continue d’affecter les déplacements, les activités économiques et le sentiment de protection des populations.
La réponse gouvernementale à la crise du carburant recueille également une appréciation favorable. Au total, 79,3 % des répondants se déclarent satisfaits de sa gestion : 43,7 % sont « très satisfaits » et 35,6 % « plutôt satisfaits ».
Les taux de satisfaction dépassent 90 % à Koulikoro, Sikasso et Bamako. Ils atteignent également 83,1 % à Ségou et 80,7 % à Ménaka.
Cette tendance nationale masque cependant de fortes poches de mécontentement. À Tombouctou, près de 77 % des personnes interrogées se disent insatisfaites de la gestion de la crise. La proportion atteint 50 % à Kidal et 49,4 % à Gao. Ces résultats traduisent un malaise persistant dans des régions confrontées à l’insécurité, à l’isolement et aux difficultés d’approvisionnement.
La cherté de la vie fortement ressentie
Même si la gestion publique de la crise du carburant est globalement bien notée, ses conséquences économiques et sociales restent lourdes pour les ménages.
La cherté de la vie est citée par 77,6 % des femmes interrogées et 72,3 % des hommes. Le ralentissement de l’activité économique est relevé par 59,5 % des femmes et 67 % des hommes.
La crise agit également sur la mobilité des populations. La peur d’emprunter les routes est évoquée par 33,2 % des femmes et 36,1 % des hommes. Ces données montrent que les perceptions positives concernant l’action des autorités ne signifient pas une disparition des difficultés quotidiennes.
Le Mali-mètre 2026 met ainsi en évidence une double dynamique. D’un côté, une majorité de répondants perçoit des progrès dans l’évolution générale du pays, la lutte contre l’insécurité et la gestion de la crise du carburant. De l’autre, certaines régions continuent d’exprimer un sentiment de frustration alimenté par l’insécurité, l’enclavement et la précarité économique.
Les résultats invitent donc à nuancer toute lecture uniforme de la situation nationale. La confiance envers les politiques publiques dépend fortement du lieu de résidence et de l’expérience quotidienne des citoyens.
Après dix-sept éditions, le Mali-mètre confirme sa place de thermomètre des perceptions sociales et politiques. Au-delà des chiffres, la Friedrich-Ebert-Stiftung entend en faire un espace de dialogue entre citoyens, décideurs et acteurs sociopolitiques.
L’enquête peut ainsi contribuer à l’orientation des politiques publiques, à condition que ses résultats servent à mieux cibler les régions en difficulté, à réduire les disparités territoriales et à consolider une confiance citoyenne qui demeure réelle, mais fragile.
Ousmane Mahamane
Source: Mali-Tribune

