De l’assainissement de Bamako à la construction de logements sociaux, en passant par l’immatriculation des parcelles et la digitalisation des services fonciers, le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du territoire et de la Population dresse le bilan des actions engagées ces dernières années. Si des avancées sont enregistrées, la finalisation de 5 001 logements sociaux et la maîtrise de l’expansion urbaine demeurent des défis majeurs.
L’amélioration du cadre de vie dans les villes maliennes constitue l’un des principaux axes des réformes engagées par les autorités. Dans une note technique publiée en juin 2026, le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du territoire et de la Population présente les réalisations enregistrées dans les domaines de l’assainissement, de l’habitat, de la sécurisation foncière et de la planification urbaine.
À Bamako, ces interventions sont principalement portées par le Projet de résilience urbaine de Bamako (PRUBA), mis en œuvre avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale. Le projet vise à améliorer l’accès aux services de gestion des déchets, d’assainissement et d’eau potable, tout en renforçant la protection des populations contre les inondations.
Dans le domaine des déchets solides, les travaux de la cellule A du Centre d’enfouissement technique de Noumoubougou ont été réalisés. Au total, 465 133 mètres cubes, soit plus de 372 000 tonnes de déchets, ont été évacués de 38 points noirs de Bamako vers cette décharge. La Direction des services urbains de voirie et d’assainissement a également reçu 46 caissons à ordures.
Concernant l’assainissement, 841 latrines et 343 dispositifs de lavage des mains ont été construits ou réhabilités dans des écoles et centres de santé du District. L’extension du réseau d’eau potable s’est traduite par l’acquisition de 17 500 kits de branchement et d’autant de compteurs.
Plus de 4 milliards de F CFA contre les inondations
Les actions de prévention des inondations ont notamment porté sur le curage des caniveaux et collecteurs. En 2024, 112 caniveaux et 24 collecteurs, représentant un linéaire total de 59,09 kilomètres, ont été curés au bénéfice de plus d’un million de personnes. En 2025, les opérations ont été étendues à plusieurs ouvrages de drainage. Le coût global des travaux est évalué à plus de 4 milliards de F CFA.
Le projet a aussi soutenu la libération des servitudes des marigots de Woyowayanko, Komanko et Banconi. Ces interventions doivent permettre de restaurer les voies naturelles d’écoulement des eaux et de réduire l’exposition des populations riveraines aux inondations. À Bla, les travaux ont concerné la réhabilitation de la digue de protection, le surcreusement du chenal ainsi que le curage des caniveaux et collecteurs.
La protection des emprises publiques s’est également étendue à la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. Selon le ministère, les opérations menées ont permis de réduire les occupations irrégulières et de renforcer la sécurisation de cette infrastructure stratégique.
8 928 logements sociaux réceptionnés
Dans le domaine de l’habitat, le suivi des conventions et des contrats fait ressortir un portefeuille de 13 929 logements sociaux. Sur ce total, 8 928 ont été réceptionnés, tandis que 5 001 restent à achever ou à finaliser. Les logements réceptionnés comprennent 335 unités de type F3 tôle, 4 598 F3 dalle, 3 905 F4 et 90 F5.
Le département a, par ailleurs, finalisé et attribué 882 logements sociaux constituant la première tranche d’un programme de 1 521 unités en cession directe. Les deuxième et troisième tranches, représentant 639 logements, figurent parmi les opérations programmées en 2026.
La procédure d’immatriculation de 429 hectares de réserves foncières destinées à la construction de nouveaux logements sociaux a également été lancée. Pour le ministère, la finalisation des 5 001 logements en chantier nécessitera toutefois la mobilisation des promoteurs, la levée des contraintes liées à la viabilisation et le traitement des réserves techniques.
Les perspectives portent également sur la mise en place du prêt acquéreur, le développement de programmes immobiliers destinés à la location collective, l’accompagnement des coopératives d’habitat ainsi que la viabilisation et l’attribution de 620 logements dans les localités de l’intérieur du pays.
Face à l’urbanisation rapide, les autorités ont engagé la révision de plusieurs Schémas directeurs d’aménagement urbain. Ceux de Ménaka, Koutiala, Kéniéba, Bougouni et Dioïla ont été approuvés entre décembre 2023 et mai 2025.
Ces outils doivent permettre de mieux organiser l’occupation des sols, de protéger les emprises publiques, de prévenir les conflits fonciers et de programmer les équipements collectifs. La révision du schéma de Tombouctou et l’élaboration des plans urbains sectoriels restent en cours.
Le processus d’élaboration du Schéma directeur d’urbanisme de Bamako et environs est également engagé. Cet instrument est particulièrement attendu au regard de l’extension rapide de l’agglomération, de la forte pression foncière et de la croissance démographique. Dans la commune rurale de Baya, l’élaboration du schéma d’urbanisme reste suspendue à la recherche d’un accord entre les collectivités souhaitant conduire l’opération dans un cadre intercommunal.
Plus de 1,5 million de parcelles identifiées
La sécurisation foncière représente un autre chantier important. À la date du 13 novembre 2025, la Direction générale des Domaines et du Cadastre avait mobilisé plus de 203,4 milliards de F CFA sur une prévision annuelle de 233 milliards, soit un taux de recouvrement de 87 %.
Le gouvernement a aussi réduit les prix de cession et les redevances applicables aux terrains urbains et ruraux du domaine privé immobilier de l’État. Cette mesure vise à faciliter l’accès des citoyens au foncier.
Une opération d’immatriculation systématique de 81 000 parcelles a été lancée dans les Communes II, V et VI du District de Bamako. Elle doit faciliter l’obtention de titres fonciers par les propriétaires avant son extension aux autres communes et régions.
Plus de 1,5 million de parcelles situées à Bamako, Kati, Ségou, Koulikoro, Sikasso, Pélengana, Méguétan et Tienfala disposent désormais d’un Numéro d’identification national unique cadastral, le NINACAD. La digitalisation se poursuit également à travers la mise en ligne d’un site internet, la modernisation des archives et l’intégration progressive des procédures au Système d’information sur les titres fonciers et l’immobilier.
L’aménagement du territoire renforcé par la cartographie
Le Mali dispose, depuis juillet 2022, de son premier Schéma national d’aménagement du territoire. Sa mise en œuvre est accompagnée par l’actualisation des schémas communaux et régionaux ainsi que par le développement d’outils cartographiques.
Plus de 200 cartes thématiques ont été élaborées dans différents secteurs, notamment la santé, le pastoralisme, les infrastructures, les zones culturelles et les espaces exposés aux inondations. Les données des 19 régions et du District de Bamako ont également été intégrées au Système d’information géographique sur l’aménagement du territoire.
Pour 2026, le ministère prévoit notamment l’extension de la décharge de Noumoubougou, la construction d’une station de traitement des boues de vidange à Tienfala, la réalisation de 20 000 latrines domestiques et de 800 latrines dans les écoles et centres de santé. La poursuite de la libération des espaces publics, l’extension de l’immatriculation systématique des parcelles et l’opérationnalisation des guichets uniques du foncier figurent également parmi les priorités.
Au-delà des chiffres annoncés, la réussite de ces réformes dépendra de la finalisation des chantiers en attente, de l’entretien durable des infrastructures et de l’application effective des documents de planification. Autant de conditions nécessaires pour que la croissance des villes maliennes s’accompagne d’un meilleur accès au logement, à l’assainissement et à un foncier sécurisé.
Alexis Kalambry
Source: Mali-Tribune

