MALI-ALGÉRIE: Les acteurs et les raisons d’un dégel diplomatique

Après quinze mois d’une crise diplomatique sans précédent, le Mali et l’Algérie ont annoncé, le vendredi 10 juillet, la réouverture réciproque de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs. Si ces décisions peuvent paraître soudaines, elles sont en réalité l’aboutissement d’un patient travail diplomatique, auquel se seraient ajoutées de nouvelles considérations sécuritaires dans le nord du Mali. Analyse d’un rapprochement aux multiples enjeux.

Le général d’Armée Assimi Goïta (G) et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune 

Le Mali et l’Algérie semblent avoir choisi la voie de l’apaisement. En annonçant simultanément la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs respectifs, Bamako et Alger tournent une page marquée par quinze mois de fortes tensions diplomatiques.

Le gouvernement malien a indiqué la réouverture de son espace aérien « à l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie ». Dans le même temps, il a confirmé le retour à Alger de son ambassadeur, rappelé en avril 2025.

Quelques heures plus tard, les autorités algériennes ont pris une mesure identique. Le ministère algérien de la Défense a annoncé la réouverture de son espace aérien aux vols en provenance et à destination du Mali, ainsi que le retour de son ambassadeur à Bamako.

Au-delà du symbole diplomatique, ces annonces traduisent une volonté commune de renouer le dialogue sur des dossiers où les intérêts des deux pays demeurent étroitement liés.

La dégradation des relations entre Bamako et Alger avait profondément affecté la coopération bilatérale. Les échanges diplomatiques étaient quasiment gelés, les contacts politiques limités et la coopération sécuritaire fortement réduite.

Pourtant, la géographie impose une réalité incontournable. Le Mali partage plus de 1 300 kilomètres de frontière avec l’Algérie. Cette vaste bande saharienne constitue un espace stratégique où circulent commerçants, populations nomades, trafiquants, groupes criminels et organisations terroristes.

Dans un tel contexte, une absence de coopération entre les deux États affaiblit mécaniquement les capacités de contrôle et de sécurisation de cette frontière commune. Selon plusieurs sources sécuritaires, les récents développements militaires dans la zone d’Anéfis auraient contribué à accélérer le rapprochement. Ces opérations ont ravivé la nécessité d’une meilleure coordination régionale afin d’éviter les mouvements transfrontaliers de groupes armés. Les préoccupations portent notamment sur les itinéraires de repli susceptibles d’être empruntés par certains combattants vers les zones frontalières.

Dans ce contexte, une coopération minimale entre Bamako et Alger apparaît dans l’intérêt sécuritaire des deux États. Selon des sources concordantes, la Russie aurait joué un rôle important dans ce rapprochement. La récente tournée du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans plusieurs pays de la région aurait offert l’occasion de relancer les discussions entre les deux capitales.

Toujours selon ces sources, Moscou aurait encouragé une reprise du dialogue afin de renforcer la coordination sécuritaire régionale, notamment dans le contexte des opérations en cours dans le nord du Mali. Ces informations n’ont toutefois pas fait l’objet d’une confirmation officielle par les gouvernements concernés.

Au-delà des divergences qui ont opposé les deux pays ces derniers mois, l’Algérie conserve une place particulière dans le dossier malien.

Première puissance militaire du Maghreb, disposant d’une longue expérience dans la lutte contre le terrorisme, Alger reste un acteur influent dans les équilibres sécuritaires sahéliens.

Son poids diplomatique auprès des organisations africaines, arabes et internationales, ainsi que sa connaissance des réalités du nord du Mali, en font un partenaire difficilement contournable.

Même si le Mali a profondément redéfini ses partenariats stratégiques ces dernières années, la normalisation avec son voisin du nord répond avant tout à une logique de réalisme géopolitique. Le rapprochement présente également des avantages économiques. La réouverture des espaces aériens facilitera la reprise des liaisons entre les deux pays ainsi que le transport de marchandises et de passagers.

À moyen terme, cette normalisation pourrait également favoriser les échanges commerciaux, les investissements transfrontaliers et certains projets de coopération énergétique et logistique.

Le retour des ambassadeurs constitue une étape importante, mais il ne signifie pas pour autant la disparition des divergences.

Plusieurs dossiers sensibles continueront d’alimenter les discussions entre les deux États, notamment les questions liées à la sécurité dans le nord du Mali, à la gestion de la frontière commune et aux mécanismes de coopération régionale. Le rétablissement d’une relation de confiance nécessitera du temps, des consultations régulières et une volonté politique durable de part et d’autre.

En définitive, le dégel entre Bamako et Alger apparaît moins comme un revirement politique que comme le résultat d’un pragmatisme dicté par les réalités géographiques, sécuritaires et économiques.

Les événements récents dans le nord du Mali, les efforts diplomatiques discrets de plusieurs acteurs, dont la Russie selon des sources sécuritaires, ainsi que les intérêts convergents des deux voisins semblent avoir créé les conditions d’un rapprochement devenu difficilement évitable.

Pour le Mali, la reprise du dialogue avec l’Algérie ne remet pas en cause ses nouveaux partenariats internationaux. Elle traduit plutôt une approche fondée sur la diversification des relations extérieures et la nécessité de maintenir un dialogue constructif avec tous les États partageant des intérêts stratégiques communs.

Le véritable test de cette normalisation ne résidera pas dans la réouverture des espaces aériens, mais dans la capacité des deux pays à transformer ce rapprochement diplomatique en une coopération durable au service de la stabilité du Sahel.

Alexis Kalambry

Source: Mali-Tribune

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