FORMATION DES JOURNALISTES À BAMAKO : Renforcer la presse face aux défis de l’espace civique et des élections 

Dans un contexte malien marqué par les tensions sécuritaires, la désinformation galopante et les enjeux politiques majeurs, une vingtaine de journalistes ont été conviés à une formation de deux jours, organisée à Bamako par l’Association de formation et d’appui au développement (AFAD) et Search for Common Ground avec l’appui financier de l’Union européenne. 

Cette session qui rentre dans le cadre du projet «Maara Ni Kunanfoni» financé par l’Union Européenne, a tourné autour des thématiques brûlantes : l’espace civique, les processus électoraux, les relations entre médias et société civile, ainsi que les techniques de fact-checking.

Pour le Directeur Exécutif de l’ONG AFAD, Ahmed Sekou Diallo, les journalistes ont un rôle important dans le maintien de la paix et de la diffusion de la bonne information afin de changer la situation auquelle traverse le Mali.

« C’est une formation que je juge d’abord pertinente, parce que vous constatez que la thématique est d’actualité, notamment la couverture médiatique de l’espace civique », a souligné Mahamadou Talata, Représentant de la Maison de la Presse. Il a salué l’engouement et surtout « l’esprit de participation » des journalistes, tout en rappelant la mission centrale de son institution : le renforcement continu des compétences. « Nous élaborons des projets, nous cherchons des partenaires qui voudraient bien nous accompagner sur les différents chantiers de formation », a-t-il ajouté.

D’autres enjeux ont été au cœur des échanges notamment les libertés fondamentales telles que la liberté d’expression et la protection des acteurs des médias dans le contexte malien.

Des journalistes avides d’apprendre

L’enthousiasme était palpable. Mady Tounkara, journaliste à Nyeleni Magazine, ne cachait pas sa satisfaction : « Vraiment, par rapport à l’atelier qui vient de se dérouler, nous avons beaucoup appris. En tant que journaliste, nous devons vraiment nous renforcer davantage chaque jour». Lors de cette formation, les échanges ont porté particulièrement sur deux volets décisifs : les cadres juridiques et législatifs encadrant les élections, et surtout la lutte contre la désinformation. 

« Là où on est aujourd’hui, nous sommes à un temps vraiment où la désinformation nous dépasse. Donc les techniques qui peuvent nous permettre de vérifier si une telle information est vraie ou fausse… Ce sont les grandes thématiques que nous avons apprises à travers ces deux jours » s’inquiète Mady Tounkara. Les participants n’ont pas hésité à exhorter les organisateurs à multiplier ces initiatives : « On est vraiment content et nous félicitons les acteurs qui ont pu organiser cette formation. Donc on les exhorte à essayer davantage de nous former, car nous en avons besoin… »

Espace civique, élections et rôle des médias

Les formateurs ont déconstruit avec clarté des concepts essentiels. L’un d’eux, Sadou Yattara a expliqué longuement ce qu’est l’espace civique : « C’est toute la possibilité que les gens ont de se réunir, de se constituer en association, qu’elle soit politique ou simplement associative, et toutes les opportunités qui s’offrent aux citoyens de s’organiser et de parler de leur futur»La formation a ensuite plongé dans les pratiques électorales. 

Autant de questions débattues avec animation. Les échanges ont aussi mis en lumière les relations entre société civile, ONG et médias.« La société civile de façon générale, les ONG, sont là où l’État n’est pas. Elles font ce que l’État doit faire et qu’il ne fait pas », a rappelé Doyen Sadou Yattara, Formateur. Il a insisté sur le devoir des journalistes de rendre visible ces actions concrètes qui sont : construction d’écoles, de dispensaires, de forages… 

«Les ONG sont un partenaire stratégique des médias. Ils donnent l’information, ils permettent aussi à la société, à vos médias, de s’adresser aux usagers : lecteurs, téléspectateurs, internautes» a-t-il insisté.

Le combat contre la désinformation

Dernier grand axe, et non des moindres : «Le fact-checking» animé par Abdoulaye Guindo. Dans un Mali où les fausses informations circulent à grande vitesse, les médias se doivent de diffuser « la bonne information, l’information juste ». Les participants ont appris les outils et méthodes pour vérifier les faits et éviter d’induire la société en erreur. Les formateurs ont salué l’attitude participative des journalistes : « C’est une session où on ne vient pas seulement recevoir. Les facilitateurs introduisent, orientent, guident, répondent aux questions » a indiqué Sadou Yattara.  

Au terme de ces deux jours intenses, un constat partagé : la formation était non seulement utile, mais nécessaire. Dans un pays où la presse joue un rôle crucial pour maintenir un espace civique vivant et informer dignement sur les processus démocratiques, de telles initiatives rappellent que le renforcement des compétences journalistiques n’est pas un luxe, mais une urgence éthique et déontologique. 

La Maison de la Presse et ses partenaires ont posé une pierre importante. Les journalistes, eux, sont repartis motivés, avec la ferme intention de mettre immédiatement en pratique ces nouvelles connaissances. Et surtout, avec l’espoir que d’autres sessions suivent rapidement. Le terrain malien en a bien besoin.

Fatoumata Kané

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