Au Mali, la question de la qualité du fer n’est plus un simple débat technique réservé aux spécialistes du bâtiment. Elle est devenue un enjeu économique, industriel et même citoyen. Car derrière chaque barre de fer utilisée dans une maison, il y a une promesse : celle de la sécurité.




Selon la Direction générale du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence (DGCC), le droit du consommateur malien à une information complète sur l’origine, la composition et les caractéristiques essentielles des produits n’est pas négociable. Pourtant, sur le terrain, la réalité a longtemps été plus fragile que les textes.
L’importation du fer : une concurrence jugée déloyale
Pendant que les usines locales peinent à maintenir leur rythme, le marché continue d’être alimenté par du fer importé, souvent accusé de ne pas respecter les normes dimensionnelles requises.
Cependant, la normalisation des matériaux de construction, pourtant essentielle à la sécurité des bâtiments, se retrouve fragilisée par une concurrence difficile à contrôler.
Un spécialiste du secteur explique qu’il arrivait encore récemment que du fer de 5 mm soit vendu comme du 10 mm, et du 8 mm comme du 12 mm. Des écarts qui peuvent sembler techniques, mais dont les conséquences peuvent être dramatiques sur la solidité des constructions.
Deux types de fer, deux niveaux de sécurité
Au cœur du débat sur la qualité du fer, une distinction technique revient souvent, celle entre le laminage à froid et le laminage à chaud.
D’après un expert du métal, le laminage à froid consiste à importer des bobines de fer semi-finies, ensuite transformées localement en barres. Le produit obtenu est appelé fer blanc. Ce procédé laisse peu de contrôle sur la qualité initiale de la matière.
Selon le même interlocuteur, ce type de fer est principalement utilisé en Afrique de l’Ouest, tandis que le Ghana a fortement réglementé, voire déconseillé son utilisation pour de grands bâtiments ou des structures permanentes de prestige au profit de matériaux plus durables et conformes aux normes de sécurité modernes.
Plus inquiétant encore, après vérifications, ce fer aurait été présent dans tous les cas d’écroulement d’immeubles recensées à Bamako.
À l’inverse, le laminage à chaud permet un contrôle complet de la production. Il donne naissance à un fer de qualité supérieure, notamment le «Fe500», considéré comme la référence pour les structures modernes.
Comme l’a-t-il expliqué: « Le bon fer se tord, mais ne se casse pas. »
Il ajoute aussi : «Le fer issu du laminage à froid ne dépasse généralement pas la norme Fe400, moins résistante pour supporter les charges importantes» .
Avril 2025, un tournant dans la normalisation
Après plusieurs années de mobilisation des acteurs industriels et institutionnels, un changement notable s’ est produit en avril 2025.
Sous l’impulsion du ministre du Commerce et de l’Industrie, Moussa Alassane Diallo, et avec l’appui de la DGCC, des mesures de contrôle plus strictes ont été appliquées. Des sanctions ont été introduites, obligeant les producteurs à se conformer davantage aux standards.
Aujourd’hui, selon des spécialistes du secteur, les normes seraient respectées à environ 80 %.
Un progrès significatif, même si la bataille est loin d’être terminée.
Une industrie fragilisée par la crise énergétique
Depuis mars 2021, les délestages répétés ont profondément ralenti l’activité de plusieurs usines de matériaux de construction. Dans le secteur métallurgique, certaines unités ne produisent même plus 10 % de leur capacité habituelle.
Pour ces entreprises, l’électricité n’est pas un confort : c’est la condition même de leur survie.
Un responsable industriel résume la situation sans détour : la crise énergétique menace directement la continuité de la production nationale. Or, ce secteur représente plus de 12 000 emplois au Mali.
Protéger l’industrie locale pour protéger les citoyens
Derrière les débats techniques se cache un objectif clair : réduire l’importation du fer afin de protéger l’industrie nationale et garantir la sécurité des constructions.
Car la normalisation des matériaux n’est pas seulement une question industrielle. Elle concerne directement la sécurité des familles maliennes.
Aujourd’hui, malgré les avancées enregistrées depuis 2025, les professionnels restent vigilants. Entre crise énergétique persistante et importations massives, l’industrie métallurgique malienne continue de mener une bataille décisive, celle de produire un fer fiable, aux normes requises, et capable de soutenir durablement le développement urbain du pays.
Fatoumata Kané

