Dans un communiqué, la nuit du 24 janvier 2024, les autorités de la transition ont résilié l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, signé en 2015. Cette décision a été saluée par certains tandis qu’ elle a suscité des inquiétudes chez d’autres. Un nouvel accord plus consensuel en perspective? ou Une insécurité chronique en vue? Des questions qui animent l’opinion publique.
Une étape majeure, marque un tournant dans la gestion de la crise malienne. Une période d’incertitude et de risque s’ouvre pour le Mali, mais également une fenêtre de perspectives pour relancer le dialogue inter-malien.
Issu du processus d’Alger, cet accord visait à résoudre la crise sécuritaire et politique qui sévit au Mali depuis 2012, en favorisant le dialogue, la décentralisation et le développement national. Mais, il a été remis en cause pour son manque de mise en œuvre, son absence de légitimité populaire et son inefficacité à rétablir la paix et la stabilité. Aujourd’hui l’opinion nationale apprend officiellement et subitement sa résiliation effective.
Pour en arriver là, les autorités actuelles du Mali déclarent les motifs suivants:
– Le changement de posture de certains groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, devenus des acteurs terroristes et poursuivis par la justice malienne, après avoir commis et revendiqué des actes terroristes ;
– L’incapacité de la médiation internationale à assurer le respect des obligations incombant aux groupes armés signataires, malgré les plaintes formulées par le Gouvernement de la Transition, à travers la lettre du Ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, chargé de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale, en date du 24 Février 2023, adressée aux Autorités de la République Algérienne Démocratique et Populaire, chef de file de la médiation internationale ;
– Les actes d’hostilité et d’instrumentalisation de l’Accord de la part des autorités algériennes dont le pays est le chef de file de la médiation.
Cette nouvelle a suscité des réactions différentes au niveau national et international. D’un côté, elle a été saluée par une partie de l’opinion publique malienne, qui y voit de nouvelles opportunités de négocier un accord plus juste et plus réaliste. De l’autre côté, elle a été condamnée par les groupes armés signataires, qui ont dénoncé une violation du cessez-le-feu et une provocation à la reprise des hostilités. Elle a également suscité de l’inquiétude chez quelques partenaires du Mali.
Bien avant cette décision officielle, l’accord pour la paix était devenu caduque aux yeux de plusieurs maliens en raison du non-respect des engagements pris par les parties signataires, en particulier les groupes armés, qui ont continué à mener des actions violentes contre les forces de sécurité, les autorités intérimaires et les populations civiles.
L’Accord était contesté par une large partie de la société civile malienne, qui le considère comme une imposition face aux revendications séparatistes et une menace pour l’unité et l’intégrité territoriale du pays.
D’autres blocages qui ont fait de cet accord, un joyau mort-né, étaient:
– L’absence de progrès significatifs dans le domaine de la décentralisation et de la réforme institutionnelle, qui permettraient l’autonomisation des régions du nord et une meilleure représentation des populations locales;
– Le retard du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des combattants, qui devait être achevé en juin 2021, mais qui n’a concerné que quelques centaines d’éléments sur plus de 30 000 recensés.
Fatoumata Kané

