POLITIQUE: Le besoin de métamorphose du pouvoir

La référence aux douze travaux d’Hercule n’est pas anodine. Dans la mythologie grecque, ces épreuves ne se réduisent pas à des démonstrations de force brute. Elles incarnent surtout un itinéraire de purification, d’apprentissage et de dépassement de soi. Hercule ne triomphe pas seulement par la violence, mais par l’endurance, l’intelligence tactique et, parfois, l’humilité. Transposée au champ politique malien, cette métaphore éclaire avec acuité les défis qui attendent Assimi Goïta à l’horizon 2026.

Contrairement au héros mythologique, le Général Assimi Goïta n’a pas douze travaux clairement identifiés, mais il fait face à une accumulation de défis structurels, politiques et sociaux dont la complexité dépasse largement les symboles. Le premier, et sans doute le plus déterminant, est celui de la mue politique.

Le militaire est formé à l’obéissance, à la verticalité du commandement et à la gestion des rapports de force. Le politique, lui, évolue dans un univers fondé sur la contradiction, le compromis et la pluralité des opinions. Or, l’exercice du pouvoir civil exige précisément ce que l’uniforme tolère peu : la contestation, la discussion et la remise en cause permanente.

Assimi Goïta est désormais confronté à cette équation délicate. Gouverner durablement ne consiste pas à réduire le débat, mais à l’organiser. Le refus systématique de la contradiction appauvrit la décision publique et fragilise l’autorité qu’il prétend consolider.

Autre épreuve majeure : la gestion de l’entourage. Les régimes de transition, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans une logique de rupture, attirent une cour de soutiens zélés, prompts à applaudir et lents à alerter. Or, l’histoire politique africaine est constante sur ce point : les laudateurs ne préviennent jamais des chutes, et ne tombent jamais avec le chef.

Un pouvoir qui ne s’entoure que de voix complaisantes se condamne à l’aveuglement stratégique. La capacité à entendre des avis divergents, même dérangeants, constitue aujourd’hui un impératif de gouvernance, non une faiblesse.

Sortir des slogans, des bras de fer et des laudateurs

La transition a été marquée par une rhétorique de rupture, de confrontation et de bras de fer, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Si cette posture a pu produire des effets mobilisateurs dans un premier temps, elle montre désormais ses limites. Gouverner dans la durée impose un changement de registre.

La sagesse populaire, relayée aussi bien par les fables de La Fontaine que par la tradition bambara, rappelle qu’« il y a plus de force dans la douceur que dans la violence ». Le dirigeant, disent les Bambara, doit être comparable à un tas d’ordures : capable de tout recevoir, d’absorber les critiques et d’endurer sans se briser. Un chef qui refuse d’entendre ce qui dérange cesse d’être un chef.

Au-delà de la posture et du style, les défis matériels sont considérables. La sécurité, toujours fragile, demeure la condition première de toute stabilité politique ; l’emploi, notamment des jeunes, reste un défi explosif dans un contexte de crise économique prolongée ; la pacification des relations avec les pays voisins, indispensable pour rompre l’isolement diplomatique et économique ; le dialogue social, mis à rude épreuve par les tensions corporatistes et syndicales ; le retour à la normalité institutionnelle, attendu aussi bien par les Maliens que par les partenaires régionaux et internationaux. La liste n’est pas exhaustive.

En définitive, ce qui attend Assimi Goïta n’est pas une série d’exploits spectaculaires, mais une épreuve plus exigeante encore : celle de la transformation intérieure du pouvoir. Comme Hercule, il ne s’agit pas seulement de vaincre des monstres extérieurs, mais de dominer ses propres réflexes, d’accepter la complexité et de comprendre que la force politique la plus durable n’est pas la contrainte, mais la légitimité construite dans l’écoute, la responsabilité et la mesure.

Alexis Kalambry

Source: Mali-Tribune

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