Suite au retrait de sa licence, la télévision privée Joliba News ne donne plus de signal depuis le 26 novembre 2024. Ordonné par la haute autorité de la communication (HAC) le 21 novembre suite à une plainte de son homologue du Burkina le 12 dernier, cette décision menaçant les droits à l’information a choqué la sphère médiatique malienne ainsi que les acteurs politiques et les défenseurs de Droits de l’Homme. Aucun délai d’émission n’est encore annoncé, mais les négociations se poursuivent.
Le lundi 25 novembre, les négociations ont été entamées entre les représentants d’organisations professionnelles de presse et la haute autorité de la communication (HAC). Malgré la poursuite de ces discussions, l’organe de régulation n’a pas manqué d’exécuter sa décision.
Au lendemain de l’annonce concernant le retrait de la licence de Joliba Tv, Bandiougou Danté, Président de la Maison de la presse avait dépêché toutes les organisations professionnelles de la presse pour réfléchir sur les perspectives d’apaisement de ce climat compromettant la liberté de la presse.
En guise de solidarité et de protestation, il avait averti sur une rediffusion de l’émission à l’origine de la discorde entre la HAC et Joliba, par l’ensemble des médias maliens.
Nombreux journalistes, acteurs politiques, défenseurs de Droits de l’Homme ont tous réagi suite à l’annonce de la HAC.
« J’invite nos autorités à œuvrer à garantir ces libertés et à les protéger car sans elles, aucune stabilité sociale, politique ou institutionnelle ne sera durable » a affirmé Moussa Mara.
La protection de la liberté d’opinion, liberté d’expression et liberté de la presse est un avis partagé entre les acteurs maliens.
« La HAC doit, au minimum, reconsidérer sa décision et attendre la fin du procès pénal de Issa Kaou N’Djim. Le juge dira s’il y a eu faute, grave ou pas. La distinction entre sanctions pénales et non-pénales, qu’évoquent certains, ne changera rien à cette équation. Cette Voie proposée est d’abord celle du Droit avant d’être celle de la Sagesse. Surtout dans une affaire qui met en cause des principes cardinaux de l’état de Droit : la liberté d’expression, la liberté de la Presse et l’indépendance de la Justice » a expliqué Me Mountaga Tall, leader politique.
Dans un communiqué datant du 25 novembre, Aguibou Bouaré, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, condamne tout acte de violation et d’atteinte aux libertés d’opinion, d’expression et de presse. Il appelle les populations et les médias à s’abstenir, des écrits, discours, propos, slogans incitant à la haine et à la violence.
«Les libertés d’opinion, d’expression et de presse sont des droits fondamentaux insusceptibles de restriction sauf dans les conditions prévues par la loi, et dans le respect des exigences de nécessité et de proportionnalité» a-t-il signé.
Au regard de l’importante téléspectateurs de la chaîne et son rôle de sauvegarde du pluralisme médiatique au Mali, l’organisation Reporter Sans Frontières (RSF) a exhorté la HAC à reconsidérer sa décision. Le RSF indique que la suspension voire fermeture de la Télé confirment le rétrécissement chaque jour plus notable de la liberté de la presse dans le pays.
«À l’instant où la HAC du Mali donne raison à son homologue burkinabè, le dossier de Joliba TV News devient politique. RSF appelle les autorités à annuler immédiatement la décision et à ne prononcer aucune suspension individuelle, afin de laisser Joliba TV News continuer son essentiel travail d’information »a declaré Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF
L’incident souligne les inquiétudes croissantes sur la liberté de la presse au Mali.
Fatoumata Kané

