Choguel Kokala Maiga , Meeting M5-RFP

Meeting de clarification: L’animal Politique s’est-il fait mordre à l’hameçon? 

Le meeting organisé pour commémorer la libération de Kidal, le 14 novembre 2023, ce samedi 16 novembre 2024 par le chef du gouvernement Dr Choguel Kokala Maïga, a été finalement une tribune de révélations fracassantes et de «clarification de la situation». Au passage, il a proposé une réorientation stratégique de la Transition devant ses amis du mouvement de 5 juin (M5-RF). Rupture au sommet? Discours d’adieu du Premier Ministre? Avant-goût d’une nouvelle lutte politique?

Une cinquantaine d’années de carrière en politique revendiquée, les stratégies de révolutions, l’art de convaincre, et de toujours réécrire l’histoire politique dans le sens qui l’arrange, le premier ministre avait promis un discours de rupture. Promesse tenue.   

Après avoir expliqué à sa manière les visées colonialistes liées au contexte de la rébellion au Sahel, Dr Choguel Kokala Maiga a dressé un schéma sur le déroulement de la transition depuis sa prise de fonction en 2021 à maintenant. Présentant la situation sécuritaire au nord du 30 mars 2012 au 14 novembre 2023, il a rappelé que Kidal était devenu l’épicentre de la rébellion échappant au contrôle de l’Etat. En s’emparant de cette zone le 14 novembre 2023, les militaires lui ont procuré un sentiment de fierté.  Il est convaincu que les nouveaux partenaires stratégiques ayant permis la résilience du Mali durant cette Transition, que sont la Chine, la Turquie et la Russie, sont les plus honnêtes, sans agenda caché ni ambition colonialiste.  

Président d’une tendance du Comité Stratégique du Mouvement du 5 juin 2020 (M5-RFP), Choguel a remercié ses camarades pour sa nomination à la tête du gouvernement de la Transition et leur a révélé des vérités pour dissiper la confusion installée dans leurs esprits depuis quelque temps. D’après lui, les autorités de la transition ont pris à bras le corps leurs principales revendications axées sur la réfondation dans tous les secteurs de la vie publique notamment l’amélioration de la sécurité qui consistait à équiper les forces de défense et de sécurité, remercier les forces militaires et média étrangères et regagner l’ensemble du territoire national. Le chef stratégique du M5-RFP a cité également la  lutte contre la corruption et l’impunité ; réformes politiques et institutionnelles ; application intelligente de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et conclusion d’un Pacte de stabilité sociale et de croissance. 

De son point de vue, malgré ces acquis, subsiste une « forte inquiétude face aux risques de régression qui plane actuellement et de résurgence des anciennes pratiques contre lesquelles ils se sont battus le 5 juin 2020 ».

Le report « sans débat et unilatéral » de la fin de la Transition conduisant aux élections a choqué le Premier Ministre qui ne l’aurait appris que par voie de presse. 

La durée de la Transition a été ainsi librement fixée à  vingt-quatre (24) mois à compter du 26 mars 2022 à la suite d’un décret signé par le Président de la Transition et contre-signé par le Premier ministre : décret N°2022-0335/PT-RM du 06 juin 2022. Donc la Transition est censée prendre le 26 mars 2024. Mais la fin de la Transition a été reportée sine die, unilatéralement, sans débat au sein du Gouvernement

CHoguel Kokala Maiga, Premier Ministre, chef stratégique de M5-RFP

Le ton laissait sortir toute la fureur accumulée. Il a précisé que sortir de son silence et révéler ses vérités représentaient pour lui un signe de redevabilité et de soulagement de conscience.

La mise à l’écart du chef de l’exécutif qui se susurrait dans les salons feutrés de Bamako a été confirmé par lui-même. Désormais, la question porte sur sa survie à la tête de l’exécutif et sur son avenir politique, lui qui a quand même été complice, ce serait-ce que silencieux, de tout ce qu’il a dénoncé samedi.

« Aujourd’hui encore, il n’existe aucun débat sur la question, le Premier ministre est réduit à se contenter des rumeurs de la presse ou à une interprétation hasardeuse des faits et gestes du Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Le Gouvernement n’a aucune information sur le programme ni le plan d’actions de l’AIGE (Autorité Indépendante de Gestion des Elections) ; or la création et la mise en place de cet organe fait partie des exigences majeures du peuple malien pour la réalisation du Mali nouveau» a-t-il confirmé. 

Il poursuit : « la mise en place de cet organe a contourné toutes les procédures normatives dans le fonctionnement d’une équipe dirigeante ». Et il s’est dit avoir été surpris de voir de nouvelles têtes qui décident avec le chef de la Transition, c’est-à-dire les tenants de l’ancien régime.

Dr Choguel se demande si l’efficacité de l’action gouvernementale ne se trouve pas compromise par le dysfonctionnement qui se note entre les institutions.

A qui profite le dysfonctionnement?

s’interroge-t-il.

Juste après, il se répond lui-même, se rend compte que ce ne peut être le peuple car celui-là a des préoccupations plus importantes et connues de tous. 

Entre 2021 et 2023, plus de 100 partis politiques ont été créés avec délivrance de récépissés ajoutant à plus de 200 partis existants de 1991 à 2021. Ces chiffres sont communiqués par le premier Ministre et il déplore le non-respect des recommandations des assises nationales de réfondation (ANR) qui consistaient à réduire ce nombre pléthorique.

«Une volonté délibérée d’en ajouter à la confusion ; plus il y en aura, plus il sera loisible de les manipuler» avoue -t-il.

Choguel pense qu’il faut rectifier la Transition car à son avis, des caciques d’anciens régimes qui ont rejoint le rang n’ont pas d’apport constructifs.

Ils se sont engouffrés dans le train de l’Histoire, telle l’hyène dans l’étable

Choguel Kokala Maiga

Le 24 mai 2021, un Pacte d’honneur a été scellé entre l’ex-CNSP et le Comité Stratégique du M5-RFP pour rectifier la trajectoire de la Transition. 

Fatoumata Kané   

Laisser un commentaire