CRISE AU SAHEL: LA CEDEAO SUR LE BANC DES ACCUSÉS

La CEDEAO est condamnée par les trois pays, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pour avoir abandonné les principes panafricains, être influencée par des puissances étrangères, manqué de soutien dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité et leur avoir imposé des sanctions illégales, illégitimes, inhumaines et irresponsables. Du 28 janvier à ce jour, les forces vives du Mali, le secteur privé, le secteur financier, les membres du gouvernement, tous sont à pied d’œuvre pour la bonne gestion de la décision du retrait de ces trois pays de la communauté sous régionale.

Pendant que l’opinion nationale réfléchit sur les enjeux et les défis majeurs de cette décision, les autorités de la transition du Mali travaillent dur pour déterminer les perspectives de coopération avec les autres pays africains et les partenaires internationaux.

Lors d’un Conseil des ministres extraordinaire, le chef de la diplomatie, Abdoulaye Diop, a rassuré que le défi de ce retrait n’est pas hors de portée des maliens.

« Nous avons mis en place l’Alliance des Etats du Sahel (AES) qui va travailler pour renforcer la coopération politique entre nos pays, le développement économique et pour assurer la sécurité », a-t-il évoqué.

Il a ajouté que des arrangements et des discussions sont en cours pour la libre circulation des compatriotes et de leurs biens dans les pays de l’UEMOA et de la CEDEAO.  

Alousseini Sanou, le ministre de l’économie, a déclaré que le Mali avait un déficit économique de 120 milliards en raison de sa participation à la CEDEAO et s’il quitte l’organisation régionale, le budget va automatiquement sentir un accroissement de 21 milliards.

Au vu des réunions et communiqués qui se succèdent dans la sphère politique et économique, ces arguments ne semblent pas dissiper les inquiétudes. 

LA CLASSE POLITIQUE BRISE SON OMERTA 

A travers un communiqué conjoint, publié le 4 février 2024, le parti Yelema et le M5RFP-Mali Kura dénoncent la non concertation ni consultation d’aucune force vive de la nation, lors de la prise de deux importantes décisions en moins de 4 jours. Il s’agit de la fin de l’Accord d’Alger et l’ouverture du dialogue direct inter-malien, ainsi que le retrait du Mali de la CEDEAO.

Comme beaucoup d’autres forces vives, les deux partis politiques se disent surpris par la décision des autorités de la transition. D’après eux, cette nouvelle complique davantage la crise multidimensionnelle du pays, dont la première victime est le citoyen malien, qui est suffisamment éprouvé.  

Ils prônent l’identification des insuffisances et la réfondation de la CEDEAO, et non pas le divorce du Mali avec elle. Ils interpellent les autorités sur les conséquences économiques, politiques et sociales pour les compatriotes installés hors du pays, le secteur privé et la diplomatie. Ils invitent les autorités de la transition à reconsidérer leur décision.

« Se retirer de la CEDEAO, c’est prendre le chemin inverse à l’unité africaine. Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les autorités actuelles de ces pays défendent le panafricanisme. Les désaccords et les divergences doivent pouvoir être résolus par des discussions », a affirmé Moussa Mara au micro d’un confrère. 

LE SECTEUR PRIVÉ DANS LES ANALYSES 

Avant d’être en face au premier ministre du gouvernement de la transition, Dr Choguel Kokala Maiga, le 31 janvier 2024, les opérateurs économiques lors d’une réunion le mardi 30 janvier 2024, ont exprimé leurs différentes préoccupations concernant la sortie des pays de l’Alliance du Sahel, l’AES de la Communauté économique et douanière des États de l’Afrique de l’ ouest (CEDEAO).

Ils ont évoqué des préoccupations en matière de transport, concernant l’application du Tarif Extérieur Commun (TEC), les problèmes d’assurance et l’obtention de la carte de séjour.

Selon eux, le processus d’obtention de la carte de séjour implique l’augmentation de tracasseries routières, des prix élevés des matières premières, des préoccupations concernant la liberté de circulation des personnes et des biens, ainsi que des inquiétudes des institutions bancaires et des sociétés d’ assurance.

Ils ont prévu de mettre en place des commissions d’experts pour évaluer les avantages et les inconvénients de la sortie du Mali de la CEDEAO. 

Nous rappelons que le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé le 28 janvier 2024, leur retrait sans délai de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une organisation régionale qui regroupe 15 pays.

RÉACTION DE LA CEDEAO

La CEDEAO s’est dit engagée à trouver une solution négociée à cette impasse politique. Elle attend encore la notification formelle et directe de cette décision, qui ne peut s’appliquer, selon ses textes, qu’au bout d’un an. En cas de non-respect des obligations par les États membres, la CEDEAO peut leur infliger différents types de sanctions allant de la suspension des prêts à la suspension du droit de vote et de la participation aux activités de la Communauté.

Fatoumata Kané

Laisser un commentaire