RETRAIT DES CASQUES BLEUS: ENTRE RISQUES ET RÉJOUISSANCE 

L’organe Onusien n’attend plus que 6 mois pour regagner d’autres horizons. La préparation de son départ a débuté le 3 juillet 2023, des craintes liées à l’accès humanitaire et les risques de chômage pointent au su de tous. Plus de 8,8 millions de personnes ont besoin d’une assistance et près de 380 000 individsus sont des déplacés. Selon certains, la majorité du personnel de la Minusma sont des  maliens. 

La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali et le Département malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale ont entamé les procédures de retrait de la Mission. Un groupe de travail a été mis en place pour élaborer un plan de départ. 

Il faut rappeler que c’était à la demande du Gouvernement malien que le conseil de sécurité a  décidé de mettre fin au mandat de la Minusma au titre de la résolution 2640 à compter du 30 juin dernier.

Aujourd’hui beaucoup de maliens s’inquiètent pour le sort de multiples compatriotes qui sont employés par la Mission et des milliers de personnes démunies et des déplacés réclamant l’assistance humanitaire. 

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«L’Etat, dans l’exercice de ses pouvoirs régaliens doit évidemment proposer des solutions d’accompagnement. Les travailleurs nationaux employés par la Minusma sont dans un contrat spécial. Il y a plusieurs types de contrat de travail au sein de la Minusma. Au sens juridique du terme, l’Etat ne leur devra rien. Au Mali on n’a pas de régime d’assurance chômage» a fait savoir Me Boubacar Kassoum Tapo, Avocat à la Cour du Mali. 

D’après lui, il y a beaucoup d’autres missions qui étaient assurées par la Minusma notamment dans le cadre humanitaire. Il suggère que l’Etat doit s’assumer pour combler le vide qui sera laissé par le départ de la Force Onusienne. 

«Je pense que le gouvernement en a parfaitement conscience. Sur le plan social, le départ de la mission reste une préoccupation. Il est évident que l’Etat a la vocation de remplir ses missions régaliennes qui consiste à protéger les citoyens et de leur biens notamment l’accès à la santé, à la sécurité et bien d’autres. Dans la pratique, les questions qui se posent sont: “quelles sont les dispositions d’ordre politique, économique qui seront prises par l’Etat pour pouvoir pallier le vide du départ de la Minusma”. Il appartiendra au pouvoir public, au gouvernement mise en place éventuellement en partenariat avec d’autres partenaires privés de proposer une solution. Mais en l’état actuel ni la résolution qui a prévu et organisé le départ de la Mission, ni le gouvernement ne s’est prononcé précisément sur cette question. Le délai du retrait de 6 mois laisse un temps au gouvernement, aux partenaires sociaux et aux autres intervenants de proposer des pistes de solutions» a interpellé Me Tapo, Avocat à la Cour du Mali.  

Aussi historique soit-il, la demande du retrait sans délai de la Minusma implique de nombreux défis auxquels l’ancien Premier ministre, Moussa Mara exhorte les autorités à pouvoir relever sans délai.

«Cette décision de nos autorités, incontestablement souveraine, nous place aujourd’hui, plus que jamais face à notre destin» a rappelé Moussa Mara, Ancien Premier Ministre.

Il a cité la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali pour lequel la Minusma a joué un rôle de facilitateur utile. Selon lui, la situation actuelle de défiance des parties de l’Accord constitue un facteur de complexification supplémentaire qu’il convient de prendre à bras le corps. 

L’ancien premier ministre retient la prise en charge des actions sociales, de construction et de réhabilitation d’infrastructures dans le Centre et le Nord du pays matérialisées par les multiples projets à impact rapide réalisés par la Minusma. 

«La mise en place d’alternatives crédibles et durables pour les les milliers de nos compatriotes qui vont perdre leur emploi, pour les nombreux sous-traitants qui vont perdre leurs marchés, afin que notre économie déjà mal en point ne s’enlise davantage ; la réalisation de l’aide humanitaire en faveur de nos compatriotes frappés par le dénuement ; la situation humanitaire reste très alarmante avec près de 8,8 millions de personnes ayant besoin d’une assistance et près de 380 000 déplacés. De tous les enjeux, celui-ci est sans doute le plus crucial» a invité Moussa Mara en recommandant aux autorités de rassurer la population en communiquant aussi vite que possible sur leur plan de mitigation des risques liés à cette décision souveraine et historique. 

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L’ancien premier ministre a cité d’autres défis que les autorités devront relever sans la Minusma. Il s’agit de la poursuite du renforcement des forces armées et de sécurité et l’administration territoriale dans toutes ces zones dans lesquelles opérait la Minusma pour éviter le vide après leur départ et que la construction de la paix au Mali soit pérenne et en perpétuelle amélioration ; le renforcement significatif des organisations de droits de l’Homme afin que celles-ci soient davantage outillées, plus crédibles, audibles et que leurs paroles pèsent et soient suivies d’effet par les autorités. 

« Plus que jamais, nous devons relever le défi de notre souscription à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948 et à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples du 27 juin 1981» a-t-il fait savoir. 

Si la perte d’emploi et d’aide humanitaire sont des craintes pour certains,  le départ sans délai de la mission est la seule préoccupation pour d’autres. 

«Les personnes qui travaillent pour la Minusma sont dans un contrat annuel, ils savent que du jour au lendemain leur contrat peut arriver à terme. Je ne suis pas d’accord qu’après le départ de la Minusma, nous allons assister à une perte d’emplois. Avant la Minusma ils vivaient et ils travaillaient» a soutenu Moussa Diarra, porte parole de Yèrèwolo Debout sur les remparts.

Nous rappelons que la Minusma déployait 11 676 militaires dans 12 sites du Mali situés à Kidal, Tessalit, Aguelhoc; Bamako ; Gao, Ménaka, Ansongo ; Tombouctou, Ber, Goundam; Mopti-Sévaré et Douentza. Elle était composée de 1 588 policiers et 1 792 civils dont 859 nationaux; 754 internationaux et 179 Volontaires des Nations Unies.

La perte de vie humaine due à des actes hostiles qu’elle a enregistré au 30 juin 2023 s’élève au nombre de 174 casques bleus. 

Fatoumata Kané 

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