En cette veille du renouvellement du mandat de la Minusma, prévu fin juin, des mouvements populaires se renouvellent cette année pour demander son retrait et elle fait l’objet de messages haineux sur les réseaux sociaux. Malgré cela, des dizaines d’organisations de jeunes, notamment celle de Gao, sont favorables à sa présence en raison des appuis socio-économiques qu’elle apporte aux civils dans les localités touchées par la crise sécuritaire.
Tandis que certains manifestants reprochent à la Minusma sa présence longue et inefficace, d’autres critiquent la nature de son mandat qui, selon eux, ne vise pas le maintien de la paix « robuste », c’est-à-dire l’approche politico-militaire. Dans un bulletin publié par le Centre de politique de sécurité à Genève (GCSP), nous avons découvert que le maintien de la paix robuste est porteur d’un certain nombre de risques qui en limitent ses vertus supposées. Il s’agit de la recrudescence de l’insécurité, de la menace à la souveraineté de l’Etat-hôte, de la mort de civils et des représailles contre les casques bleus.
Quant aux partisans de la Minusma, notamment les organisations de jeunes ressortissants de Gao, la mission de la Minusma ne devrait pas être uniquement considérée sous l’angle de la sécurité, mais plutôt dans sa contribution globale au changement des conditions de vie et de travail des citoyens.
Mohamed Abdellahi Elkhalil, spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, pense qu’au lieu de réclamer le départ de la Force Onusienne, il faut plutôt adapter son mandat au contexte malien. Il réaffirme que le Mali a besoin d’expertises en matière de stratégie militaire pour mener la guerre seul sans la participation des forces étrangères. « La Minusma est présente dans notre pays à la demande des autorités nationales et conformément aux résolutions pertinentes du conseil de sécurité des Nations-Unies dans le but d’assurer le respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Les Maliens doivent comprendre que la Minusma est une force d’interposition, pas une force d’occupation qui est appelée à partir au front. Cela est contraire à leur mission », a rappelé Mohamed Abdellahi Elkhalil. Il appelle la Minusma à être plus transparente pour établir la confiance entre elle et l’ensemble de la population.
Au-delà de sa contribution à la protection physique des populations et de son appui à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, la Minusma travaille en synergie d’action avec l’Etat sur différents aspects de développement du Mali, notamment l’appui au processus électoral en cours. Au moment où les critiques et les accusations se multiplient pour réclamer son départ, la mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilité du Mali (Minusma) a déjà déployé 162 assistants électoraux et 20 volontaires des Nations-Unies, spécialistes électoraux pour la mise à disposition du personnel électoral aux Coordinations régionales et des cercles de l’AIGE. L’annonce a été faite le 11 mai 2023 par sa porte-parole Fatoumata Sinkou Kaba au cours d’un point de presse. « Toutes ces recrues ont bénéficié de sessions de renforcement des capacités pour leur permettre d’accomplir leur mission », a-t-elle confirmé.
Comme lors des précédentes élections, la porte-parole a annoncé que 162 véhicules seront loués et déployés dans les 20 régions et 156 cercles du pays pour renforcer les capacités logistiques nécessaires aux activités électorales opérationnelles, y compris la distribution du matériel et des documents électoraux.
M. Elkhalil a salué le rôle de la Minusma dans la consolidation de la paix, la mise en œuvre de l’accord d’Alger et les négociations. Les formations dispensées par la mission aux organisations de la société civile dans le centre et le nord du pays, à Bamako et à Kayes, sont également à saluer.
Il convient de rappeler que lors des élections précédentes, la Minusma a soutenu les processus électoraux en sensibilisant les différents acteurs, en communiquant et en éduquant civiquement pour faciliter l’implication des femmes et des jeunes dans le processus électoral. Elle a également contribué à la prévention des violences pendant les élections, à la sécurisation du processus électoral et à la mise en œuvre des réformes nécessaires pour la tenue des élections.
En ce qui concerne l’avenir de la Minusma, notre analyste invite les citoyens à réfléchir au sort des déplacés qui bénéficient actuellement de l’assistance humanitaire de la mission, ainsi qu’aux nombreux jeunes et femmes qui reçoivent des formations dans le nord et le centre du pays. Il a confirmé que des milliers de jeunes enrôlés par des groupes extrémistes violents ont été récupérés et formés, leur offrant ainsi des moyens de réinsertion socio-économique. Certains sont devenus des menuisiers qui ont leur propre atelier aujourd’hui.
Il est important de rappeler que depuis 2013, la Minusma a réalisé plusieurs projets de développement au Mali, principalement dans le nord du pays. Elle a énormément contribué à la prise en compte des femmes dans le processus de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Elle a également initié des formations de renforcement de capacité à l’intention des Forces de défense et de sécurité maliennes, notamment sur la détection et la neutralisation d’engins explosifs improvisés. Des milliers d’administrateurs locaux ont été formés pour la construction et la réhabilitation d’infrastructures diverses telles que des écoles, des centres de santé, des points d’eau et des prisons, ainsi que pour la construction et la réhabilitation de bâtiments aux services de l’administration dans différentes localités des régions de Mopti, de Ménaka, de Kidal, de Gao et de Tombouctou.
Les jeunes de Gao considèrent que la Minusma est aujourd’hui une mission d’union entre les Maliens et entre eux et leurs autorités, qui ne peuvent souvent se rendre auprès de leurs citoyens sans l’assistance de la mission.
Beaucoup de bâtiments et services publics au Nord et au Centre du Mali sont réhabilités et équipés par la Minusma, selon ses soutiens. Elle protège les populations civiles en effectuant des patrouilles dans les zones où ses casques bleus sont déployés et en mettant en place des bases temporaires pour abriter les populations. Les régions de Ménaka et Gao ont bénéficié de ces bases temporaires pour assister les populations et prévenir les violences, notamment à Tessit, Talataye, Djebock et Ouagadougou dans le centre du pays.
La Minusma travaille également à la promotion de la réconciliation entre les communautés et renforce les capacités de l’Etat malien en termes de justice et de fourniture de services sociaux de base. Elle promeut les droits de l’homme et lutte contre l’impunité en apportant son soutien documentaire aux institutions gouvernementales. Selon El Ghassim Wane, les populations des localités où l’Etat est moins présent demandent plus de Minusma.
La Minusma se montre rassurante face aux manifestations répétitives à la veille du renouvellement de son mandat, car elle est présente au Mali à la demande du gouvernement malien et avec son accord.
Fatoumata Kané

