Un immeuble en construction de type R+4 s’est brutalement effondré ce dimanche 22 mars 2026 à Daoudabougou, en Commune VI du District de Bamako. D’après les sources officielles et riveraines, six (6) personnes ont perdu la vie en plus d’une quarantaine de blessés. Ce drame interroge sur la sécurité des constructions dans une capitale en pleine expansion et pose une question structurelle : qui contrôle réellement les chantiers à Bamako ?
Cet effondrement a causé une perturbation de la circulation routière durant toute la journée du lundi 23 mars, premier jour de travail après la fête de ramadan. La route de Daoudabougou, axe important de la Commune VI proche de l’ambassade d’Algérie et d’Orange Faso Kanu, a été bloquée par les opérations de secours, les engins de déblaiement et l’afflux de curieux. Des embouteillages monstres ont paralysé le quartier et impacté les axes adjacents, rappelant que l’insécurité structurelle des chantiers affecte non seulement les ouvriers, mais aussi toute l’économie urbaine (retards, pertes de productivité, stress quotidien des usagers).
Symptôme d’une urbanisation hors de contrôle?
Dans plusieurs quartiers périphériques en forte urbanisation, les constructions verticales se multiplient, souvent plus vite que les mécanismes de suivi technique. Entre autorisations approximatives, absence de contrôle régulier et pression immobilière croissante, les risques s’accumulent.
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Aux environs de 16 heures, en pleine phase de bétonnage du dernier étage, l’incident s’est produit. Selon les premiers témoignages et les informations de la Direction générale de la Protection civile, une quarantaine d’ouvriers étaient présents sur le chantier au moment du drame. Le bilan, qui s’alourdit, fait état de 6 morts confirmés, une vingtaine de blessés évacués vers les centres hospitaliers et des opérations de recherche toujours en cours pour d’éventuelles victimes encore piégées sous les décombres.
Grâce à la réactivité exemplaire des équipes de la Protection Civile, des sapeurs-pompiers et des forces de sécurité, les opérations de sauvetage ont permis la prise en charge d’une vingtaine de victimes.
La solidarité spontanée des habitants du quartier a été salutaire dans ces moments affreux.
Un drame qui interroge le respect des normes de construction
Au Mali, le cadre légal est pourtant clair et contraignant.
Plusieurs loi régissent la construction:
- Loi n° 01-077 du 18 juillet 2001 fixant les règles générales de la construction : l’article 41 dispose que « quiconque désire entreprendre ou implanter une construction à usage d’habitation ou non, doit, au préalable, obtenir un permis de construire ». Le maître d’œuvre est responsable de l’intégrité et de l’utilité de sa conception (article 39), tandis que l’entrepreneur est tenu au respect des règles techniques, de l’ordre sur le chantier et des dispositions de sécurité du travail (article 40).
- Loi n° 02-016 du 3 juin 2002 fixant les règles générales de l’urbanisme : elle impose des servitudes de sécurité publique, d’hygiène et de salubrité, et prévoit des sanctions pénales et financières en cas de construction sans autorisation ou en violation des normes (articles 64 et suivants : amendes de 20 000 à 2 000 000 FCFA, voire emprisonnement).
- Décret n° 2020-0031/P-RM du 27 janvier 2020 portant réglementation de la délivrance du permis de construire : l’article 3 rappelle l’obligation impérative d’obtenir ce permis avant tout début de travaux, après examen technique par les services d’urbanisme et de construction. Toute construction sans ce document expose à des risques de démolition, d’amendes et de poursuites judiciaires.
Ces textes visent précisément à prévenir les drames comme celui de Daoudabougou en garantissant la stabilité des ouvrages, la qualité des matériaux et la sécurité des travailleurs.
Récurrence des accidents
Malheureusement, ce sinistre n’est pas isolé. Bamako enregistre régulièrement des effondrements d’immeubles en construction, souvent liés à des manquements graves comme l’utilisation de matériaux de qualité médiocre ou absence de supervision par des ingénieurs qualifiés. Ces dernières années, plusieurs cas similaires ont été signalés dans différents quartiers de la capitale tels qu’à Hamdallaye ACI en 2023 et d’autres localités.
Ce drame doit servir de déclic pour une réforme profonde du secteur de la construction et de l’urbanisme. Au-delà du bilan humain déjà lourd, c’est la sécurité quotidienne des travailleurs du bâtiment et des habitants des quartiers en mutation rapide qui est aujourd’hui en jeu.
Fatoumata Kané

