Le programme de logements sociaux constitue l’une des principales politiques publiques mises en place par l’État pour faciliter l’accès à l’habitat pour les Maliens à revenus modestes. Cependant, ce dispositif se heurte aujourd’hui à un problème récurrent : le nombre important de bénéficiaires qui ne respectent pas leurs engagements de paiement.
En principe, les règles sont clairement établies. Chaque bénéficiaire signe un contrat qui l’engage à payer régulièrement les échéances fixées pour l’acquisition de son logement. En cas de non-respect de ces obligations, le contrat prévoit la possibilité de retrait de la maison attribuée, sans droit à contestation. Cette clause vise à garantir la viabilité du programme et à permettre à d’autres citoyens, toujours en attente, d’accéder à ces logements.
Dans la pratique, la situation est plus complexe. De nombreux bénéficiaires accumulent les retards de paiement pendant plusieurs années sans que les mesures prévues ne soient réellement appliquées. Cette situation fragilise sérieusement le programme de logements sociaux et crée un sentiment d’injustice chez les milliers de demandeurs qui attendent encore leur tour.
Au cœur de cette problématique se trouve l’Office malien de l’habitat (OMH), chargé de la gestion et du recouvrement des paiements. L’institution se retrouve dans une position délicate. D’un côté, l’État exige des résultats en matière de recouvrement. De l’autre, les décisions d’expulsion des mauvais payeurs sont souvent repoussées ou retardées pour des raisons sociales et politiques.
Depuis plusieurs années, les actions de sensibilisation se multiplient. Des campagnes d’information sont menées pour rappeler aux bénéficiaires leurs obligations contractuelles. Par ailleurs, des sommations sont régulièrement adressées par voie d’huissier aux débiteurs. Malgré ces efforts, les résultats restent limités et les arriérés continuent de s’accumuler.
Face à cette situation, de nombreux observateurs estiment qu’il est temps pour l’État d’adopter une position plus claire. Si le programme de logements sociaux doit perdurer et bénéficier réellement aux populations qui respectent leurs engagements, il devient nécessaire de permettre à l’OMH d’utiliser pleinement les voies légales pour recouvrer les créances.
L’enjeu dépasse la simple question financière. Il s’agit aussi de préserver l’équité et la crédibilité d’un programme destiné à améliorer les conditions de vie de milliers de familles maliennes. Sans une application effective des règles, le risque est grand de voir ce dispositif perdre sa raison d’être.
La responsabilité incombe désormais aux autorités de trouver l’équilibre entre justice sociale et respect des engagements contractuels. Car pour beaucoup de Maliens encore sans logement, chaque maison occupée par un mauvais payeur représente une opportunité perdue.
Alexis Kalambry
Source: Mali-Tribune

