Alors que le Moyen-Orient s’enfonce dans une nouvelle spirale de violence après l’opération militaire conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) adoptent une posture mesurée. L’attaque, qui a coûté la vie au Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, suscite une vague de condamnations à travers le continent africain, mais l’AES se distingue par son silence officiel.
Lors de l’intervention américaine au Venezuela visant à capturer Nicolas Maduro, l’AES avait réagi avec vigueur, dénonçant une violation flagrante du droit international. En revanche, face à l’opération israélo-américaine en Iran, les dirigeants sahéliens se montrent plus réservés. Une semaine après les frappes, aucun communiqué collectif n’a été publié, signe d’une prudence diplomatique dans un contexte régional particulièrement sensible.
Le 5 mars 2026, le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, s’est rendu à l’Ambassade d’Iran à Bamako pour signer le livre de condoléances. Au nom du Président de la Transition, il a salué la mémoire du Guide suprême, qualifié de « martyr » ayant défendu jusqu’à son dernier souffle les intérêts de son peuple. Dans son message, il a insisté sur l’héritage d’un homme d’État porteur d’une vision multipolaire et d’un monde plus équitable.
Cette retenue s’explique par la complexité des relations extérieures des pays de l’AES. D’un côté, une coopération militaire solide avec l’Iran, notamment dans le domaine des drones. De l’autre, une volonté de réchauffer les liens avec Washington après des années de tensions marquées par le retrait des troupes américaines du Niger et les sanctions contre certains officiers maliens.
Le 2 mars 2026, Abdoulaye Maïga a reçu l’ambassadrice des États-Unis au Mali, Rachna Korkonen, venue annoncer la levée des sanctions visant plusieurs hauts gradés maliens. Le Premier ministre a salué cette décision, y voyant une opportunité de relancer le dialogue politique et la coopération économique dans un esprit de partenariat « gagnant-gagnant ».
Entre fidélité à ses partenaires traditionnels et ouverture vers de nouveaux horizons, l’AES semble privilégier une diplomatie de l’équilibre. Dans un contexte où le Moyen-Orient est à nouveau en proie aux flammes, les pays sahéliens cherchent à préserver leurs intérêts stratégiques sans s’aliéner ni Téhéran ni Washington. Une posture qui traduit la volonté de rester maîtres de leurs choix, tout en évitant de s’exposer aux retombées d’un conflit qui dépasse leurs frontières.
Ousmane Mahamane
Source: Mali-Tribune

