RAMADAN:Le casse-tête des marmites

Le mois de Ramadan débute cette semaine au Mali, comme dans de nombreux pays africains. Temps de spiritualité, de recueillement et de solidarité, il représente également, pour de nombreux chefs de famille, une période de forte pression budgétaire. Entre exigences alimentaires, flambée des prix et préparation de la fête de l’Aïd, les dépenses s’accumulent.

Durant 29 ou 30 jours, les fidèles musulmans s’abstiennent de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Mais si la journée est marquée par la privation, la rupture du jeûne, elle, devient souvent synonyme d’abondance. Soupes copieuses, plats variés, jus et boissons sucrées garnissent les tables familiales. Une tradition qui pèse lourdement sur des budgets déjà fragilisés.

AT, couturier à Bamako, établit une comparaison parlante : « Le Ramadan, pour moi, c’est comme la période de soudure en août dans les villages. Le mil du grenier est fini et celui du champ n’est pas encore prêt. C’est une période difficile. »

Il explique que son activité ralentit fortement avant la fête de fin de Ramadan. « Les gens attendent la dernière période pour coudre leurs habits. En attendant, les recettes diminuent alors que les dépenses augmentent. Si on n’a pas d’économies, ce n’est pas facile. »

Selon lui, contrairement à une idée répandue, le mois de jeûne ne rime pas avec réduction des charges. « On devrait dépenser moins puisqu’on mange moins dans la journée. Mais chez nous, c’est le contraire. À la rupture, chacun veut un festin : jus, plats variés, viande… Je donne presque le double de ce que je donne habituellement pour la nourriture. »

Même constat chez Y. Coulibaly, conducteur de « telimani » (moto-taxi). Il décrit un mois « budgétivore » où les charges s’accumulent. « D’abord, il y a la hausse du prix des condiments et du sucre. Ensuite, il faut préparer les habits des enfants et de leur mère pour la fête. »

À cela s’ajoutent, selon lui, des dépenses imprévues, notamment les frais de santé : « Pendant ce mois, il arrive souvent que deux ou trois membres de la famille tombent malades. Il faut les soigner en plus du reste. »

Dans un contexte économique marqué par l’érosion du pouvoir d’achat, ces dépenses supplémentaires accentuent la vulnérabilité de nombreux ménages urbains.

Pourtant, les érudits musulmans rappellent que le Ramadan est d’abord un mois de modération et de discipline. La tradition prophétique recommande de rompre le jeûne avec quelques dattes et de l’eau.

Les nutritionnistes, de leur côté, conseillent une reprise alimentaire progressive afin d’éviter les excès nuisibles à la santé.

Mais dans les faits, la dimension culturelle et sociale de la rupture l’emporte souvent sur ces recommandations. L’iftar devient un moment d’ostentation ou de pression sociale implicite, où la générosité culinaire est perçue comme un signe de respect et d’honneur.

Le Ramadan demeure un temps fort de solidarité et de partage. Cependant, pour de nombreux chefs de famille, il s’accompagne d’un véritable casse-tête quotidien : comment concilier obligations religieuses, attentes familiales et réalités économiques ?

Dans un contexte d’inflation persistante, la gestion des marmites devient ainsi un défi aussi important que l’observance du jeûne.

Koureichy Cissé

Source: Mali-Tribune

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