En 2026, un fait rare et hautement symbolique marque le calendrier religieux : le mois de ramadan et le temps du carême chrétien catholique se déroulent concomitamment jusqu’au 30 mars. Trente jours pour les musulmans, quarante jours pour les chrétiens. Une convergence spirituelle qui ouvre un espace inédit de prière, de jeûne et de solidarité, dans un contexte national en quête de paix et de cohésion.
Le ramadan, neuvième mois du calendrier hégirien, constitue l’un des cinq piliers de l’islam. Mois sacré par excellence, il est marqué par le jeûne quotidien de l’aube au coucher du soleil, la multiplication des prières, la lecture assidue du Coran et les actes de générosité. D’une durée de 29 à 30 jours selon l’observation lunaire, il culmine avec la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr), considérée comme plus bénie que mille mois.
De son côté, le Carême est le temps liturgique de quarante jours qui prépare les chrétiens à la fête de Pâques. Il renvoie aux quarante jours de jeûne du Christ au désert. Cette période est structurée autour de trois pratiques fondamentales : la prière, le jeûne et l’aumône. Elle invite à la conversion intérieure, à la pénitence et à un recentrage sur l’essentiel.
En 2026, les premières estimations situent le début du ramadan vers la fin février, tandis que le Carême chrétien s’ouvre traditionnellement le mercredi des Cendres, le 18 février. Les deux traditions spirituelles évolueront ainsi en parallèle pendant plusieurs semaines.

Au-delà de la simple coïncidence calendaire, cette concomitance interpelle par sa portée symbolique. Deux traditions monothéistes majeures, enracinées dans la foi, la discipline et l’élévation spirituelle, invitent simultanément leurs fidèles à l’effort intérieur.
Pour l’abbé Jean-Marie Kené, cette convergence est une opportunité. « La coïncidence du mois de ramadan et du carême doit renforcer la solidarité. C’est un moment de partage, de fraternité et de prière qui offre une véritable opportunité de rapprochement et de dialogue interreligieux. Les deux traditions insistent sur la générosité et le rapprochement avec Dieu », affirme-t-il.
Même tonalité du côté musulman. L’imam Issa Traoré appelle à faire de cette période un levier de cohésion sociale. « Pour une bonne cohésion sociale, j’invite chacun à la générosité et au renforcement de la solidarité. Organisons, si possible, des ruptures de jeûne partagées pour favoriser le vivre-ensemble. Pendant le ramadan et le carême, mettons le Mali dans nos prières pour une paix durable. Valorisons nos valeurs communes de paix pour bâtir un Mali nouveau », exhorte-t-il.
Ramadan et carême reposent sur des piliers comparables comme le jeûne comme discipline du corps et de l’esprit ; la prière comme chemin d’élévation ; la charité comme expression concrète de la foi.

Dans les deux traditions, le jeûne n’est pas une fin en soi. Il vise la maîtrise de soi, la purification intérieure et l’ouverture à autrui. Il s’accompagne d’une attention accrue aux plus vulnérables et d’un appel à la réconciliation.
Dans un monde traversé par les tensions et les fractures identitaires, la simultanéité de ces deux temps forts peut être perçue comme un pont symbolique entre communautés religieuses. Une invitation implicite au dialogue, à la compréhension mutuelle et à la paix.
Dans le contexte malien, où le vivre-ensemble constitue un enjeu majeur, cette convergence liturgique peut devenir un facteur de consolidation sociale. Elle rappelle que, malgré les différences doctrinales, les traditions religieuses partagent des valeurs fondamentales : paix, générosité, pardon, fraternité.
Trente jours et quarante jours qui se rencontrent. Au-delà des chiffres, un même appel : revenir à l’essentiel, purifier le cœur, renforcer les liens communautaires.
En 2026, ramadan et carême ne se croisent pas seulement dans le calendrier. Ils offrent aux croyants du Mali une occasion privilégiée de transformer la coïncidence en engagement spirituel et citoyen.
Odile Dembélé
Source: Mali-Tribune

