Depuis avril 2025, le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, fait face à un afflux massif et continu de réfugiés burkinabè en provenance des zones frontalières. En août 2025, de nouvelles vagues d’arrivées ont été enregistrées, notamment depuis les provinces du Louroum, du Sourou et du Yatenga, accentuant la pression sur des services publics déjà fragilisés.
Majoritairement composées de femmes, d’enfants et de personnes âgées, ces populations ont fui dans la précipitation, abandonnant leurs biens et moyens de subsistance. Elles arrivent dans un état de vulnérabilité avancée, avec des besoins urgents en abris, alimentation, eau potable, hygiène, biens ménagers essentiels et accompagnement psychosocial.
Face à la gravité de la situation, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a déclaré, début septembre 2025, une urgence de niveau 1. L’objectif affiché : mobiliser des ressources additionnelles pour renforcer la réponse humanitaire en appui aux autorités maliennes, notamment la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR).
Le HCR indique avoir intensifié la coordination multisectorielle dans les régions centrales, en harmonisant les interventions avec ses partenaires afin d’éviter les duplications et d’optimiser l’impact des actions sur le terrain. Cette approche vise une réponse plus structurée dans un contexte marqué par l’ampleur et la rapidité des arrivées.
En appui aux autorités nationales, une vaste opération d’enregistrement biométrique a été menée. Cette démarche permet désormais de disposer de données précises et actualisées sur les réfugiés, facilitant une planification plus efficace des interventions d’urgence.
Toutefois, si la phase aiguë a permis de couvrir les besoins immédiats en matière de protection et d’assistance, les acteurs humanitaires reconnaissent que l’enjeu dépasse désormais la simple réponse d’urgence. La situation appelle des stratégies de résilience à moyen terme, incluant le renforcement des services publics locaux, l’intégration socio-économique progressive et, à terme, le rapatriement volontaire lorsque les conditions sécuritaires le permettront.
Le 14 janvier 2026, le Représentant du HCR au Mali, Pierre Camara, s’est rendu à Koro pour évaluer l’état d’avancement du plan d’urgence. La mission a inclus des visites sur les sites de Kénéwé et Bénibana, ainsi que dans plusieurs villages hôtes.
Les échanges ont réuni réfugiés, communautés d’accueil, autorités locales, partenaires humanitaires et personnel du HCR. Sur le terrain, plusieurs appuis institutionnels ont été constatés : installations solaires, équipements informatiques, mobilier et matériel bureautique mis à disposition de la Préfecture, de la Mairie, de la Direction de la Promotion féminine, du Centre de santé de référence (CSRef) et des radios communautaires.
Ces investissements visent à améliorer l’accès aux services essentiels, renforcer la coordination locale et prévenir les tensions sociales dans un contexte de pression démographique accrue.
Depuis le début de l’urgence, plus de 9 853 personnes issues des communautés réfugiées et hôtes ont été touchées par des campagnes de sensibilisation contre les violences basées sur le genre (VBG). L’objectif est double : renforcer les mécanismes communautaires de prévention et améliorer la prise en charge des survivantes.
Soixante-quinze survivantes de VBG ont bénéficié de formations simplifiées en gestion et entrepreneuriat, en vue de leur autonomisation économique. Par ailleurs, 78 kits de dignité ont été distribués à des femmes réfugiées sur les sites de Kénéké et Kénéwé pour répondre à leurs besoins spécifiques en matière d’hygiène menstruelle et de protection.
L’assistance en espèces constitue un levier central de la réponse humanitaire dans le cercle de Koro.
En partenariat avec l’ONG Yag TU, CARE a apporté un appui financier à 800 ménages (80 % de réfugiés et 20 % de membres des communautés hôtes). Chaque ménage a reçu 60 000 FCFA afin de renforcer sa sécurité alimentaire et couvrir ses besoins essentiels.
De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM), en collaboration avec WHH, a fourni une assistance alimentaire à 3 075 ménages réfugiés, contribuant à réduire les risques d’insécurité alimentaire aiguë.
Parallèlement, 7 106 ménages ont bénéficié d’une assistance en espèces du HCR pour l’achat de biens non alimentaires (Cash NFI), améliorant leurs conditions de logement et leur dignité dans un contexte marqué par l’insuffisance d’abris et d’articles ménagers de base.
La réponse en matière d’abris a permis d’apporter un soutien à plus de 3 725 familles réfugiées vivant dans des conditions extrêmement précaires.
Le HCR a installé 750 ménages dans des abris transitionnels :
- 380 intégrés au sein de familles hôtes ;
- 370 réinstallés sur un site de cinq hectares, actuellement en extension.
D’autres partenaires ont contribué à l’effort d’hébergement. La Croix-Rouge malienne, NRC et FEDE ont construit environ 500 abris d’urgence, dont 184 sur un second site aménagé par FEDE. Les autres ont été implantés au sein de ménages hôtes afin de limiter la concentration sur les sites collectifs.
Face à la poursuite des arrivées, 1 500 abris d’urgence supplémentaires et 50 abris semi-durables sont en préparation. Leur réalisation sera assurée par Acted, Tassagh, solidarités international, GAAS Mali et la Croix-Rouge malienne.
Alexis Kalambry
Source : HCR

