BONNETS DOGONS: Symbole d’autorité, initiation et identité masculine

Longtemps cantonnés aux terroirs du Pays dogon, les bonnets traditionnels dogons ont aujourd’hui conquis les villes. Accessoires de mode pour certains, marqueurs culturels pour d’autres, ces coiffes masculines tissées à la main ou tricotées en laine, aux motifs géométriques et aux couleurs chatoyantes, sont pourtant bien plus qu’un simple ornement vestimentaire. Dans les villages dogons, le bonnet demeure avant tout une affaire de statut, de savoir et d’initiation.

Appelés en langue dogon « Goro », « Konoro » ou encore « Yakati », ces bonnets s’inscrivent au cœur d’un patrimoine culturel d’une grande richesse. Chaque couleur, chaque type de couture, chaque motif renvoie à une symbolique précise. Culturellement, le bonnet révèle l’identité sociale et spirituelle de celui qui le porte, allant parfois jusqu’à signaler la plus haute autorité religieuse ou rituelle au sein de la communauté.

Contrairement à l’usage urbain actuel, où le bonnet est porté sans distinction particulière, la tradition dogon en fait un attribut strictement masculin. « Les bonnets sont portés uniquement par les hommes. À l’origine, ce sont surtout les chasseurs qui les portaient », explique Dra Antaba, artisan dogon spécialisé dans la confection de tenues traditionnelles, notamment le bogolan, et de bonnets.

Selon lui, si tout homme peut aujourd’hui porter un bonnet dogon, les femmes en sont culturellement exclues. Cette interdiction trouve son fondement dans les rites anciens. « Au pays dogon, il existe une grande cérémonie qui se tient tous les soixante ans. À cette occasion, tous les hommes doivent porter le bonnet, y compris les enfants. Même les nourrissons, portés au dos de leurs mères, sont coiffés pour assister au cérémonial », précise-t-il.

Cette cérémonie, hautement symbolique, marque le renouvellement du lien entre les générations masculines, la tradition et le sacré. Le bonnet devient alors un signe d’appartenance collective et d’intégration dans l’ordre social dogon.

Aujourd’hui, le bonnet dogon circule bien au-delà de son cadre rituel originel. Dans les centres urbains, il est souvent porté comme un simple accessoire esthétique, détaché de sa charge symbolique. Une évolution qui interroge, sans pour autant effacer sa portée culturelle profonde.

Chaque année, Dra Antaba quitte le pays dogon pour participer au Festival Ogobagna, rendez-vous majeur de valorisation des cultures maliennes. À travers ses créations, il tente de préserver l’authenticité des savoir-faire tout en les adaptant aux goûts contemporains.

Entre héritage ancestral et modernité urbaine, le bonnet dogon continue ainsi de raconter une histoire : celle d’un peuple, de ses hiérarchies, de ses rites et de son identité masculine. Un symbole qui, loin d’être anodin, mérite d’être compris avant d’être porté.

Aminata Agaly Yattara

Source: Mali-Tribune

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