Le procès dit Paramount–Embraer, emblématique des dossiers politico-financiers les plus sensibles de ces dernières années, est entré dans sa phase finale. Repris le lundi 2 février 2026 devant la chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière, il a été marqué par la clôture des plaidoiries de la défense, les réquisitoires du contentieux de l’État et du ministère public, puis une série de contre-répliques vigoureuses des avocats des accusés.
Dès l’ouverture des débats à 9 heures, le président de la chambre, le magistrat Samba Tamboura, a donné la parole aux derniers conseils de la défense. Me Moussa Maïga, avocat de Bougadary Bah, poursuivi pour complicité de faux, usage de faux, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux, a ouvert le bal. Dans une plaidoirie ferme, il a rejeté le rapport d’audit et l’arrêt de renvoi, soutenant qu’aucun faux n’a été établi. L’avenant incriminé, selon lui, relève d’un accord contractuel régulièrement négocié et validé. Pour l’avocat, l’accusation repose sur une « interprétation abusive du droit pénal », assimilable à une « infraction imaginaire », et ne peut déboucher que sur un acquittement.
Une plaidoirie qui marque les esprits
Moment fort de cette séquence judiciaire : l’intervention de Me Mamadou Bobo Diallo, longuement applaudie par le public. L’avocat a replacé le procès Paramount–Embraer dans une perspective plus large, en le mettant en parallèle avec le procès dit du Fonds mondial, qui avait secoué le Mali au début des années 2010.
Rappelant que ce dossier avait abouti à des poursuites massives – 18 accusés, comme dans l’affaire actuelle – avant de s’effondrer faute de preuves solides, Me Diallo a dénoncé ce qu’il considère comme une mécanique judiciaire répétitive fondée sur des « dossiers fragiles ».
Concernant le fond, il a réfuté l’existence de tout faux, affirmant que l’avenant signé par Tiéna Coulibaly visait à régulariser une situation contractuelle. Qualifier cet acte de falsification, a-t-il soutenu, revient à jeter le discrédit sur l’administration malienne, l’institution militaire et ses hauts responsables.
Il a également dénoncé une atteinte grave à la présomption d’innocence, soulignant que sur les 145 contrats couverts par la loi de programmation militaire, un seul a été ciblé : Paramount–Embraer. Une focalisation qu’il juge arbitraire et politiquement orientée.
Au terme de près de deux heures de plaidoirie, Me Diallo a demandé un acquittement général, estimant le dossier « vide de toute preuve matérielle ». Il a conclu par une formule lourde de sens : « Les régimes passent, mais l’État du Mali demeure. »
Le parquet et l’État montent au créneau
Le mardi 3 février 2026, le contentieux de l’État et le ministère public ont contre-attaqué. Aliou Maïga, représentant du contentieux de l’État, a réaffirmé l’existence d’une atteinte aux biens publics dans les contrats Paramount et Embraer. Il a maintenu ses demandes financières :
- 11 milliards F CFA pour le contrat Paramount,
- 7 milliards F CFA pour le contrat Embraer,
- 15 milliards F CFA à titre de dommages et intérêts.
Dans la même ligne, le procureur général près le Pôle économique et financier, Mohamedine Ag Houssa, a défié la défense de démontrer l’absence d’atteinte aux biens publics et de blanchiment. Il a insisté sur un élément qu’il juge central : les 6 milliards F CFA placés sur un compte séquestre à la BMS et versés à Paramount alors qu’aucun matériel n’aurait été livré. Pour le parquet, cette opération constitue une preuve caractérisée de blanchiment d’argent.
Les contre-ripostes : “Qui a détourné quoi ?”
Les journées du mardi et du mercredi ont été consacrées aux contre-répliques de la défense. Me Malick Coulibaly s’est particulièrement illustré en dénonçant un réquisitoire fondé sur des hypothèses et non sur des faits établis. « Depuis le début du procès, aucune preuve tangible n’a été produite », a-t-il martelé, avant de poser la question centrale : « Qui a détourné quoi ? »
Pour l’ensemble des avocats, le dossier ne permet pas d’identifier clairement ni l’acte, ni l’auteur d’un quelconque détournement. Tous ont appelé la chambre à un acquittement général, au nom du droit et de la rigueur judiciaire.
Avant la clôture des débats, le président Samba Tamboura a accordé la parole aux treize accusés pour leurs dernières déclarations. Tous ont nié les faits, affirmant avoir servi le Mali avec loyauté, souvent dans des contextes sécuritaires difficiles. Dans une atmosphère lourde et empreinte d’émotion, ils ont déclaré s’en remettre à Dieu et à la sagesse de la justice, estimant que ce procès dépasse leurs personnes et engage l’honneur de l’État.
Après un mois et demi de débats intenses, la chambre criminelle spécialisée a annoncé que le verdict sera rendu ce vendredi 6 février 2026. Une échéance très attendue, tant par les parties que par l’opinion publique, dans un dossier devenu un test majeur pour la justice économique et financière du Mali.
Ousmane Mahamane
Source: Mali-Tribune

