Depuis mardi dernier, à Bamako, les stations-service se transforment en camps de réfugiés. Une pénurie d’essence sans précédent paralyse la capitale malienne, révélant les failles d’un système énergétique déjà fragilisé par l’insécurité et la dépendance extérieure.
À Kalaban Coura, Missira, Sogoniko ou Lafiabougou, les files devant les rares stations encore ouvertes s’étendent sur des centaines de mètres. Certains Bamakois y passent la nuit, assis sur leurs bidons, espérant une livraison incertaine. D’autres, épuisés, poussent leur moto sur plusieurs kilomètres pour regagner leur domicile. « J’ai passé une journée entière devant une station sans rien obtenir. Le matin, les pompes étaient déjà à sec », témoigne Adama, mécanicien à Banankabougou.
Officiellement, le litre d’essence reste fixé à 775 francs CFA. Mais sur le marché noir, il s’arrache à 2 000, voire 3 000 francs CFA. Une flambée qui alimente la spéculation et creuse les inégalités. Les plus modestes renoncent à se déplacer, tandis que les taxis et Sotrama réduisent leurs trajets ou doublent leurs tarifs. « Même pour aller à l’hôpital, il faut négocier avec les chauffeurs. C’est devenu un luxe de se déplacer », déplore Aminata, vendeuse au marché de Magnambougou.
Cette pénurie ne relève pas d’un simple dysfonctionnement logistique. Elle s’inscrit dans un contexte sécuritaire tendu. Les groupes armés affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) multiplient les attaques contre les convois de carburant. Des camions-citernes sont incendiés, et les routes reliant Kayes, Sikasso et Bamako deviennent des couloirs de danger.
Le Mali, enclavé, dépend à plus de 95 % des importations via les ports de Dakar et d’Abidjan. Or, ces axes sont désormais sous menace constante, rendant l’approvisionnement erratique et vulnérable.
À l’issue d’une conférence de presse tenue mardi dans l’après-midi, le directeur général adjoint du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence, Soumaïla Djitteye, a tenté de rassurer la population. « Cette crise n’est que passagère. Dans les prochains jours, la situation s’améliorera grâce aux efforts des autorités de la Transition », a-t-il déclaré.
Mais dans les rues de Bamako, rares sont ceux qui croient en ces promesses. L’expérience des précédentes pénuries, les lenteurs administratives et l’absence de communication claire nourrissent une méfiance généralisée.
« On nous parle de solutions, mais on ne voit que des pompes vides et des motos poussées à la main », lance un jeune passant, contraint de pousser sa moto de Daoudabougou à Faladié.
Cependant, pour que Bamako retrouve son souffle, il faudra plus que des mesures d’urgence. Il faudra repenser l’approvisionnement, sécuriser les routes, et surtout, écouter les cris silencieux de ceux qui, chaque nuit, veillent devant une pompe vide.
Ousmane Mahamane
Source: Mali-Tribune

