DIARRA AWA TRAORE, SAGE-FEMME AU CSCOM DE L’HIPPODROME I

« Cette journée nous redonne force et courage »

En marge de la Journée internationale de la sage-femme, célébrée chaque 5 mai, nous avons eu le privilège de rencontrer Diarra Awa Traoré, sage-femme depuis plus de 12 ans au Cscom de l’Hippodrome 1. A travers son témoignage, elle nous partage son expérience, ses défis quotidiens et l’importance cruciale de son métier dans la santé maternelle et néonatale. Entretien.

Mali Tribune : Que représente pour vous la Journée mondiale de la sage-femme ?

Awa Traoré : Plus qu’une simple célébration, cette journée symbolise la reconnaissance des épreuves que nous affrontons quotidiennement. Elle met en lumière un métier souvent discret mais essentiel. C’est un moment de fierté, de rassemblement et d’expression, où nous rappelons notre rôle, nos besoins et nos combats.

Elle permet aussi d’inspirer les jeunes à embrasser cette vocation et de sensibiliser la société à l’importance de notre présence lors de chaque accouchement. Derrière chaque naissance réussie, il y a une main qui soutient, une voix qui rassure et une présence qui sauve. Cette journée nous redonne force et courage.

Mali Tribune : Comment décririez-vous le rôle des sage-femmes dans la santé maternelle et néonatale ?

A. T. : Etre sage-femme ne se limite pas à accompagner l’accouchement. Nous suivons la femme tout au long de sa grossesse et même après. Nous veillons sur sa santé, l’éduquons, la rassurons et sommes présentes jour et nuit pour gérer les urgences. Nous nous assurons aussi du bien-être du nouveau-né, veillant à ce qu’il respire bien, qu’il soit en bonne santé et que le lien avec sa mère soit fort. C’est un rôle à la fois médical et émotionnel.

Mali Tribune : Pourquoi la présence des sage-femmes est-elle particulièrement cruciale dans les zones rurales ou isolées ?

A. T. : Dans les régions reculées, les sage-femmes sont souvent les seules professionnelles de santé disponibles, en l’absence de médecins. Elles gèrent tout : accouchements, complications, soins prénatals, souvent avec des moyens limités. Leur présence sauve des vies. Sans elles, le taux de mortalité maternelle et néonatale serait bien plus élevé.

Mali Tribune : Quels sont les défis majeurs que vous rencontrez au quotidien ?

A. T. : Le manque de moyens est l’un des plus grands obstacles. Les femmes arrivent souvent tard, sans examens préalables. Nous manquons de matériel, d’ambulances, de personnel. La méconnaissance des soins de santé complique également notre travail : beaucoup de patientes refusent les échographies ou les bilans, ce qui entraîne des urgences évitables. A cela s’ajoutent la fatigue physique et émotionnelle, le stress, mais nous tenons bon.

Mali Tribune : Comment encourager plus de jeunes, surtout en milieu rural, à devenir sage-femme ?

A. T. : Il est essentiel de valoriser cette profession, de montrer qu’elle est noble et porteuse de sens. Il faut mettre en place des bourses pour les étudiantes issues des zones rurales, des centres de formation accessibles et garantir de bonnes conditions de travail après l’obtention du diplôme. Si nous leur offrons les moyens de réussir et que nous reconnaissons leur engagement, elles viendront.

Mali Tribune : Pensez-vous que votre métier est reconnu à sa juste valeur au Mali ?

A. T. : Pas vraiment. Beaucoup réduisent notre travail à un simple accompagnement de l’accouchement, alors que nous soutenons les femmes bien avant et bien après. Parfois, nous recevons des critiques ou des agressions verbales lorsque les patientes arrivent tard ou refusent les examens, puis nous rendent responsables en cas de complications. Pourtant, nous sommes là chaque jour, dans des conditions difficiles, à donner le meilleur de nous-mêmes. Notre métier mérite plus de respect, de valorisation et de soutien, tant de la part des autorités que du public.

Mali Tribune : En quoi votre travail contribue-t-il à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) ?

A. T. : Nous sommes au cœur de l’ODD 3, qui vise à garantir une bonne santé pour tous. En assurant un bon suivi des grossesses, en prévenant les complications et en sauvant des vies, nous contribuons activement au développement du pays. Nous participons aussi à l’ODD 5 sur l’égalité des sexes, en éduquant, protégeant et écoutant les femmes. Notre métier dépasse la simple santé, il est un moteur de développement.

Nènè Mah Zasso Thera

(stagiaire)

Source: Mali-Tribune

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