Depuis plus de quinze ans, Aïssata Danioko consacre sa vie à accompagner les femmes dans les moments les plus décisifs de leur existence. Sage-femme à Bamako, elle incarne l’engagement, la résilience et la passion. A travers son parcours, elle nous livre les réalités et les défis de son métier.
A 41 ans, Aïssata Danioko inspire respect et confiance. En tant que sage-femme au Centre de santé communautaire (Cscom) de Banconi, à Bamako, elle accompagne chaque jour des dizaines de femmes, de la grossesse aux soins postnataux.
« Etre sage-femme, ce n’est pas seulement faire naître des bébés. C’est protéger, rassurer, et soutenir la vie à chaque instant », confie-t-elle avec un sourire empreint de sérénité.
Issue d’un milieu modeste dans la région de Koulikoro, Aïssata a grandi dans un village où l’accès aux soins était limité. C’est la perte tragique d’une de ses cousines en couche, alors qu’elle n’avait que 13 ans, qui l’a profondément marquée et motivée à devenir sage-femme. « Je ne comprenais pas qu’une jeune femme puisse mourir en accouchant. Cela m’a marqué comme une mission à accomplir », se remémore-t-elle.
Après avoir obtenu son DEF à Banamba, elle poursuit ses études au lycée Public de Kati, décrochant un baccalauréat en sciences biologiques. Déterminée, elle réussit le concours d’entrée à l’Institut national de formation en sciences de la santé (INFSS) de Bamako.
« Les premières années à l’INFSS n’étaient pas faciles : rigueur, pression, manque de matériel… mais ma détermination m’a soutenue », explique-t-elle.
Diplômée sage-femme d’état en 2008, Aïssata commence sa carrière dans un centre de santé rural à Dioïla, où elle exerce dans des conditions précaires : absence d’électricité régulière, manque d’ambulance.
Après cinq années de service, elle demande un transfert à Bamako pour poursuivre des formations complémentaires. Elle bénéficie notamment d’un programme de renforcement des capacités soutenu par l’ONG Jhpiego, où elle obtient un diplôme en santé de la reproduction, spécialisé dans les urgences obstétricales et néonatales.
Aujourd’hui, Aïssata est également tutrice pour les étudiantes en formation et s’investit dans des campagnes communautaires de sensibilisation. Entre urgences médicales, défis logistiques et attention portée aux émotions des patientes, son quotidien est intense.
« Malgré le stress, le manque de matériel et les horaires interminables, tenir un nouveau-né dans mes bras me rappelle que ce métier en vaut la peine », dit-elle, les yeux brillants.
Cependant, les souvenirs douloureux ne manquent pas : « J’ai vu des femmes mourir faute d’électricité ou de matériel, ou à cause d’évacuations tardives. Ce sont des choses que l’on ne devrait plus voir », déplore-t-elle.
Malgré tout, elle continue de se battre : « Nous sommes parfois la seule chance pour ces femmes, et c’est cela qui nous donne la force de continuer », ajoute-elle avec fierté. Aïssata répond également aux critiques parfois adressées aux sage-femmes.
« Oui, certaines femmes ont eu des expériences difficiles, mais il faut aussi comprendre que nous travaillons dans des conditions épuisantes, souvent deux pour dix patientes. Nous faisons de notre mieux, même si nous sommes fatiguées et sous pression ».
Elle ajoute : « Pour ma part, j’essaie toujours de rassurer, car on ne sait jamais ce qu’une femme traverse avant de venir nous voir ».
Aïssata Danioko incarne une génération de sage-femmes maliennes déterminées à sauver des vies, malgré les défis. Son engagement et son humanité sont un rappel poignant : derrière chaque naissance, il y a une femme qui se bat pour offrir un avenir à une autre.
Nènè Mah Zasso Thera
(stagiaire)
Source: Mali-Tribune

