Pourquoi la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ? Quel rôle jouent les livres dans la promotion de la culture et de l’éducation ? Quels sont les enjeux liés au respect du droit d’auteur à l’ère numérique ? Sory Ibrahim Cissé, chargé de communication au Bureau malien du droit d’auteur répond à nos questions. Entretien.
Mali Tribune : Chaque 23 avril, le monde célèbre la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Pourquoi cette journée ?
Sory Ibrahim Cissé : Effectivement, chaque année, le 23 avril est célébré dans le monde entier pour rendre hommage aux auteurs et aux livres. Cette Journée, instituée par l’Unesco lors d’une conférence générale tenue à Paris en 1995, vise à souligner l’importance des auteurs et des livres. C’est pourquoi elle rassemble chaque année l’ensemble de l’industrie littéraire : éditeurs, auteurs, bibliothèques et organismes de gestion collective des droits d’auteur. Tous célèbrent cette journée pour montrer l’importance du livre et de son contenu, encourager la lecture et promouvoir le livre à travers le monde.
Mali Tribune : Quel rôle jouent les livres dans la promotion de la culture et de l’éducation ?
S. I. C. : Le rôle des livres est crucial : ils nous instruisent, nous informent et nous divertissent. Tous les peuples et Etats qui se sont développés ont accordé une grande importance à la lecture. Les livres recèlent les connaissances et les savoirs qui nous élèvent, d’où leur importance.
Les statistiques montrent qu’en moyenne, les élèves du secondaire en Europe lisent entre 16 et 18 livres par an, ce qui reflète le niveau d’éducation dans ces pays. En Afrique, nous devons faire de même, mais de nombreux efforts restent nécessaires pour encourager la lecture. Les statistiques révèlent que la lecture en Afrique n’est pas encore suffisamment développée. Ainsi, il est primordial d’instaurer des politiques éducatives pour inciter et encourager la jeunesse à lire davantage.
Mali Tribune : Comment les livres peuvent-ils contribuer à la construction d’une société plus inclusive ?
S. I. C. : La connaissance réside dans les livres. Tout ce que nous recherchons en matière de savoir s’y trouve. En valorisant les livres et en promouvant la culture à travers eux, nous encourageons une politique basée sur la lecture. Comme le disait Nelson Mandela : « Une jeunesse qui lit est une jeunesse qui gagne ». Et cela a été prouvé à maintes reprises.
Mali Tribune : Qu’est-ce que le droit d’auteur et pourquoi est-il essentiel pour les écrivains et les créateurs ?
S. I. C. : Le droit d’auteur peut être défini comme l’ensemble des prérogatives dont jouit l’auteur d’une œuvre littéraire ou artistique. Ces droits, inaliénables, permettent aux créateurs de protéger et de vivre du fruit de leurs créations.
Le droit d’auteur se divise en deux catégories :
Les droits moraux : Ils permettent à l’auteur de revendiquer la paternité de son œuvre, de s’opposer à toute modification ou déformation de celle-ci, et d’autoriser son exploitation.
Les droits patrimoniaux : Ils permettent à l’auteur de tirer des revenus de son œuvre via son exploitation par des tiers, comme des éditeurs ou d’autres prestataires.
Mali Tribune : Comment le droit d’auteur protège-t-il les œuvres littéraires et artistiques ?
S. I. C. : Selon la Convention de Berne, première convention en matière de droit d’auteur, une œuvre est protégée dès sa création, sans formalité particulière. Cependant, dans certains pays, il est recommandé de déposer son œuvre auprès d’un organisme de gestion collective des droits d’auteur pour prouver sa paternité en cas de litige. Cela garantit une protection efficace de l’œuvre et des droits de son auteur.
Mali Tribune : Quels sont les enjeux liés au respect du droit d’auteur à l’ère numérique ?
S. I. C. : Avec l’ère numérique, le système de la propriété littéraire et artistique a été bouleversé. Les droits d’auteur doivent s’adapter à cette évolution technologique rapide. Autrefois, les supports physiques comme les cassettes ou les CD étaient utilisés, mais aujourd’hui, ce sont les téléphones, les plateformes numériques comme YouTube, et les technologies de stockage dans le cloud qui dominent.
Ces nouveaux modes d’accès rendent parfois difficile l’identification des utilisateurs ou des responsables de la mise en ligne des œuvres. Dans les pays en développement, comme le Mali, les défis sont plus importants en raison du manque d’outils techniques pour surveiller et contrôler l’utilisation des œuvres.
Pour répondre à ces défis, des initiatives comme la rémunération pour copie privée ont été mises en place. Elle consiste à prélever des frais sur les supports de stockage (téléphones, clés USB, ordinateurs, etc.) pour compenser les pertes dues à l’utilisation privée des œuvres. Cette mesure, soutenue par des directives de l’Uémoa, est essentielle pour garantir que les auteurs vivent du fruit de leur travail.
Mali Tribune : Outre le droit d’auteur, il y a aussi le droit voisin. Qu’est-ce que le droit voisin ?
S. I. C. : Les droits voisins sont liés au droit d’auteur, mais concernent des contributeurs qui jouent un rôle dans l’exploitation des œuvres sans en être les auteurs directs. Par exemple, dans le domaine musical, le compositeur est l’auteur de l’œuvre, mais il peut faire appel à un artiste interprète pour chanter sa création. Cet artiste interprète apporte sa propre touche à l’œuvre et bénéficie de droits spécifiques, appelés droits voisins.
Les droits voisins concernent principalement trois catégories de titulaires :
Les artistes interprètes, ceux qui donnent vie à une œuvre par leur interprétation. Les producteurs de musique, ils financent et organisent la production d’une œuvre musicale et les organismes de radiodiffusion qui sont la radio et télévision qui diffusent des œuvres, sans être leurs créateurs directs.
Bien que ces contributeurs ne soient pas considérés comme des auteurs, ils jouent un rôle essentiel et détiennent des droits sur l’œuvre. Ces droits voisins reconnaissent leur importance et leur apport à la création.
Prenons un exemple concret : si un même auteur confie la même composition musicale à deux artistes interprètes, leur interprétation sera différente, car leurs qualités vocales et leur style varient. De même, dans le domaine littéraire, l’auteur d’un roman ou d’un livre peut voir son œuvre interprétée dans une pièce de théâtre ou un film par un acteur, qui devient alors un titulaire des droits voisins.
Ainsi, la différence entre le droit d’auteur et le droit voisin réside dans leur nature : le premier protège l’auteur, tandis que le second reconnaît les droits des contributeurs qui participent à la mise en valeur de l’œuvre.
Dossier réalisé par Fanta Traoré
(stagiaire)
Source: Mali-Tribune

