Le lundi 23 décembre 2024, le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) a accueilli une journée de sensibilisation et d’information sous le thème « S’unir avec la jeunesse contre la corruption : Former l’intégrité de demain ». Cet événement, organisé par l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI) en partenariat avec le Projet LUCEG-Mali, s’inscrit dans le cadre de la Semaine nationale de lutte contre la corruption, édition 2024.
Cette cérémonie a réuni plusieurs travailleurs venant de secteurs différents principalement les agents publics de l’administration et des collectivités, les acteurs de la société civile. Selon M. Seydina Oumar Diarra, représentant du Président de l’Oclei, le thème « S’unir avec la jeunesse contre la corruption : Former l’intégrité de demain» souligne le lien crucial entre la lutte contre la corruption, la jeunesse et le développement. En mettant l’accent sur la jeunesse, l’OCLEI et ses partenaires espèrent former une génération future dotée d’une forte intégrité et capable de résister aux tentations de la corruption. L’objectif est aussi de favoriser la transparence dans la gestion des services publics.
Il a indiqué qu’en 2016, une étude du projet JUPREC a démontré que 86% de jeunes maliens doivent être sensibilisés sur la gravité de la corruption et l’enrichissement illicite. En effet, il précisa que 65% d’entre eux expriment une attitude passive face à la corruption et 21% sont admiratifs du phénomène.
L’Oclei et ses partenaires entendent impliquer les jeunes, leur entretenir sur le cadre juridique de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite.
Pour cela elle prévoit d’attirer l’attention de l’opinion publique, les décideurs politiques, les opérateurs économiques, les autorités coutumières et religieuses, les jeunes, les femmes sur les impacts de la corruption sur la sécurité, l’économie nationale et les services sociaux de base.
«Notre pays a adopté une stratégie nationale de lutte contre la corruption pour donner suite aux recommandations des Assises Nationales de la Refondation (ANR) de l’Etat. Ce document veut que les Maliens, dans leur grande majorité, prennent conscience des méfaits de la corruption ; s’engagent à la refuser et à s’y opposer. Ils sont aidés en cela par un dispositif efficace de prévention, de détection et de répression des faits de corruption » a informé le représentant de l’Oclei, avant d’ajouter que la communauté internationale est également mobilisée contre la corruption. « Corrompus et corrupteurs doivent être conscients de l’ampleur de cette mobilisation » disait-il
A travers une coopération avec les autorités nationales, l’Oclei met en œuvre des mesures de prévention, de contrôle et de lutte, qui sont envisagées sur le plan national, sous régional, régional et international afin de pouvoir mener une lutte efficace et coordonnée contre l’enrichissement illicite.
M. Oumar Traoré, magistrat, représentant du Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme et garde des Sceaux, a encouragé cette initiative en précisant que l’information et la sensibilisation participent à la prévention de la corruption et de l’enrichissement illicite notamment à travers l’implication de la société civile. Il a exhorté les responsables de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite, à intensifier la prévention, notamment en formant les acteurs non étatiques, à exercer et renforcer le contrôle citoyen et le suivi des projets et programmes de développement tant au niveau national et régional que local et communal. Selon lui, la prévention est un moyen pertinent pour réduire la corruption et l’enrichissement illicite et contribue à préserver d’importantes ressources financières qui serviront au financement de la sécurité et du développement socio-économique ainsi qu’à assurer la paix dans notre cher pays
«Il est maintenant temps que les agents publics, j’en suis un, comprennent qu’ils n’ont pas vocation à s’enrichir en exerçant leur fonction ; au contraire, pour un service public bien rendu, ils doivent s’attendre à la considération et au respect de leurs concitoyens ainsi qu’à un salaire qui les permet de vivre dignement de leur travail. Cependant, un agent public qui veut s’enrichir licitement doit démissionner de ses fonctions et chercher à exercer une profession libérale » a-t-il déclaré.
Il a rappelé que la Charte de kurugan fuga, avait identifié cinq modes d’acquisition licites de la richesse, à savoir le travail, l’achat, l’échange, la donation et la succession.
Vers une société plus juste
Pour les participants, cet atelier de sensibilisation contribue à renforcer la bonne gouvernance et promouvoir la justice sociale au Mali. En impliquant la jeunesse, cela favorise un mouvement durable qui contribuera à réduire la corruption et à bâtir une société plus équitable.

Mme Dagnon Marietou Camara, directrice du service des réclamations au Médiateur de la République, a salué l’initiative qui, selon elle est un moyen d’éveiller les consciences des maliens principalement la jeunesse. Elle regrette qu’au Mali la lutte contre la corruption demeure difficile à cause de la précarité
«Les gens sont dans la précarité. Cela les pousse à aller vers les systèmes de corruption, à mon avis. La lutte contre la corruption participe beaucoup à la refondation en cours. Notre devoir est de prendre soin du Mali et lutter contre la corruption, chacun à son niveau » a-t-elle affirmé.
D’après elle, la principale conséquence de la corruption, c’est le sous-développement. Elle déplore le détournement des fonds destinés à la réalisation des projets d’envergures nationales comme la lutte contre l’immigration des jeunes, car cela affecte, à son avis, le rendement du travail.
« Tous les ans, l’Oclei célèbre la semaine nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, la journée africaine de lutte contre la corruption. Notre activité phare, c’est la prévention de l’enrichissement illicite et la corruption. Cela passe par des informations et de la sensibilisation. Nous célébrons aussi la semaine nationale de la jeunesse et nous avons un programme d’activité de sensibilisation et d’information à travers tout le pays. A chaque sortie, on présente l’Oclei, sa mission, son mandat et cela permet à d’autres de comprendre ce qu’est la structure. Les gens sont plus informés et ils sont enclins à donner la bonne information » a expliqué Dr Djibril Coulibaly, Membre de l’Oclei.
Il a confirmé que ces sensibilisations ont eu un impact positif sur la régulation de la corruption au Mali.
«Mais, c’est un combat de longue haleine et de tous les jours. C’est toute la jeunesse, la société civile, les femmes qui sont victimes de cette corruption et qui sont souvent acteurs de cette corruption. On les sensibilise pour que chacun, en son sein, puisse être vraiment le vrai soldat de la lutte contre la corruption» a-t-il ajouté.
Les participants ont eu l’occasion de débattre des stratégies efficaces pour lutter contre la corruption, en partageant des idées novatrices et des expériences vécues. Les échanges ont permis de mettre en lumière l’importance de l’information et de la sensibilisation dès le plus jeune âge pour inculquer des valeurs d’intégrité et de transparence.
Fatoumata Kané

