Benbere: La lutte contre la désinformation, un défis têtu

Ce mercredi 27 novembre 2024, Benbere a tenu une réunion d’échanges avec une quinzaine de journalistes, blogueurs et activistes afin de discuter de la problématique de la désinformation liée à l’utilisation de certains canaux, des langues locales et de l’intelligence artificielle (IA), ce qui entraîne une viralité des fausses nouvelles et qui échappent au contrôle des professionnels de l’information.

Le programme Citizen Voice de Benbere s’intitule autour de la gouvernance, la paix et la cohésion sociale, inclut aussi le projet Andal qui vise à lutter contre la désinformation. 

Selon son coordinateur, Aly Bocoum, la désinformation circule à grande vitesse et atteint beaucoup de personnes. Il pense que l’utilisation des canaux et langues locales y contribuent considérablement. 

«On a initié ces sessions avec les acteurs pour échanger, avoir un regard sur ces défis et voir l’ensemble des solutions qui existent. Et quelles peuvent être les perspectives pour s’appuyer aussi sur nos langues afin de lutter efficacement contre la désinformation» a expliqué Aly Bocoum, blogueur, chargé du programme Citizen voice à Benbere.

Il a informé que le projet Andal a une durée de 6 mois, de juin à décembre et est soutenu par l’IMS, une organisation danoise qui soutient les médias à travers le monde. L’objectif est de lutter contre la désinformation à travers la formation, la sensibilisation des jeunes, des femmes, aussi la production de contenus, des articles, des visuels, des vidéos. 

«On a initié une série de cadres d’échange avec plus de 150 journalistes, les blogueurs, les activistes, pour échanger sur la question de la désinformation, mais aussi sur d’autres problématiques auxquelles les médias, les acteurs de l’information font face, la résilience même des acteurs des médias, parce qu’on est dans un pays au Sahel où nous traversons des crises. On a formé 100 jeunes femmes. On a formé des jeunes en Mopti, à Kayes et à Bamako. Souvent c’est dans les grains, souvent c’est des groupements de jeunes et de femmes, des clubs d’écoute, des radios. On a réalisé 7 articles, 8 vidéos et plusieurs dessins. Ils sont publiés sur les pages de Benbere qui ont généré des milliers de commentaires» a évoqué, Aly Bocoum, chargé du programme Citizen voice à Benbere.

Malgré tout, la désinformation gagne du terrain 

Pour Aliou Diallo, responsable du programme de désinformation à Benbere, le défis majeur en facheking est la traque des fausses informations car les sources de ces infos demeurent souvent inaccessibles.

«Quand ça circule dans le groupe WhatsApp, c’est difficile de suivre, traquer et avoir des ressources pour vérifier ces types de contenus parce que parfois, ce sont des groupes de discussion fermés et le message circule dans la langue locale. L’intelligence artificielle (IA) reste une problématique pour les factchekeurs. Au Mali on voit l’IA générer plusieurs images en lien avec l’événement au nord du Mali. Les images hors contexte, les discours de haine, les messages haineux surtout entre les communautés, restent une réelle problématique» a-t-il raconté.  

Il a ajouté que le plus difficile est de constater l’attribution de ces informations erronées à une autorité étatique car la vérification des infos auprès des sources institutionnelles n’est pas une tâche aisée et demande plus de tracasserie. 

Encore du «vidéoman», encore de la désinformation…

Des créateurs de contenus, communément appelés dans un jargon au Mali, «Vidéoman» gagne de plus en plus de terrain sur les réseaux sociaux. 

D’après Aliou Diallo, leur présence est montée en flèche depuis 2021 à maintenant, dont la majorité est pro Transition. 

Aujourd’hui nous assistons à une sorte de rang dispersé chez ces groupes d’individus. Chacun d’entre eux défend son camp, soit un ministre ou un directeur, en contrepartie des privilèges, tout en émettant des contenus qui alimentent des discours de haine, des propos injurieux sur la toile.  

Dans un contexte de crise multidimensionnelle, ces comportements sont facteurs aggravant. Les pays du Sahel qu’ils prétendent défendre font face à une guerre communicationnelle. Pour couronner le tout, la notion de confidentialité a totalement perdu son sens quand on voit à longueur de journée des documents, lettres administratives qui sont partagés sur les réseaux avant d’être officialisés. 

«Nous avons eu des évènements très importants pour le pays, où on a vu les “vidéomans” mises en avant pour distribuer l’information, pour informer les Maliens. Cela leur donne un certain crédit, le pouvoir  et renforce la défiance qu’ils ont par rapport aux journalistes, ça leur donne plus de poids. Parfois les “vidéomans” sont en première ligne pour diffuser certaines informations notamment les cérémonies officielles, les déclarations des personnalités publiques etc, Lors de l’acquisition des matériels militaires, ce qui intéresse beaucoup de maliens, on a vu un certain nombre d’acteurs qui ne sont pas des journalistes, qui ont été mis en avant pour avoir l’exclusivité de l’information» a déploré Aliou Diallo, chef du programme désinformation à Benbere. 

Il a ajouté que ces acteurs contribuent à décrédibiliser et à affaiblir les médias classiques dans leur travail quotidien de recherche d’information. 

«Un journaliste, il n’invente pas l’information, il va à la quête de l’information, il doit être protégé et accompagné par l’Etat  pour qu’il fasse convenablement son travail. Sans un environnement politique et sécuritaire adéquat, cela contribue à affaiblir le journaliste » , poursuit-il en rappelant que la présence de ces acteurs sur les réseaux sociaux est une préoccupation majeure aujourd’hui et qu’il est temps que les autorités comprennent le danger que ces acteurs représentent.

Pour lutter efficacement contre la désinformation, Aliou Diallo suggère d’outiller les journalistes, leur donner accès à l’information. Il encourage les journalistes à s’ajuster à la réalité du numérique en créant des capsules vidéo ou audio afin de diffuser rapidement leurs contenus (articles) sur les réseaux sociaux.

Fatoumata Kané  

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