Le Syndicat national de l’éducation du Mali a célébré ce samedi 05 octobre 2024, la journée internationale de l’enseignant. Sous la présidence du ministre de l’éducation nationale, Dr Amadou Sy Savané, cette cérémonie avait pour thème : «Valoriser la voix de la profession enseignante : vers un nouveau contrat social ». Le porte parole des enseignants, Ousmane Almoudou Touré nous a éclairé sur les réalités qui se cachent derrière la fonction.
L’enseignant, ce guide qui façonne les futurs dirigeants et cadres d’une nation, ne saurait accomplir sa mission en l’absence d’une certaine condition réunie. La nature ayant démontré cet état de fait, a incité l’Unesco dans sa quête de droits du personnel enseignant à instituer le 5 octobre depuis 1994 journée internationale, pour commémorer chaque année la profession enseignante.
Il faut rappeler que depuis 2015 jusqu’en 2017, le Syndicat National des Enseignants Fonctionnaires des Collectivités Territoriales (SYNEFCT) avait initié la célébration de cette journée au Mali. A partir de 2018, l’ensemble des syndicats de l’éducation se joignaient à l’initiative.
« L’objectif, c’est d’attirer l’attention des autorités sur les conditions de vie et de travail des enseignants, mais surtout la place qu’occupe, parce qu’en regardant le thème, il parle de la voie des enseignants, de la valorisation de la voie des enseignants. Ça veut dire que les enseignants, leur voie ne compte plus » a déclaré Ousmane Almoudou Touré, Secrétaire général du syndicat de l’éducation nationale.
Le Syndicat regrette que les enseignants ne soient plus écoutés dans l’élaboration des politiques éducatives car selon eux le contrat social exige la corrélation entre les parties prenantes de l’éducation sans distinction.
« En septembre 2022, lors du sommet des chef d’État sur la crise mondiale de l’éducation à New York, des engagements ont été pris pour augmenter le budget de l’éducation dans la politique nationale, ensuite l’amélioration et la valorisation des salaires des enseignants mais aussi la professionnalisation de la fonction enseignante. Et nous pensons qu’aujourd’hui le Mali est en retard. Cette célébration est un cru de cœur des enseignants, de venir envers leurs autorités pour que le système, le comportement vis-à-vis des enseignants, puisse s’améliorer » a t-il informé.
Soulignant l’importance de cet évènement et le choix du thème, le ministre de l’éducation nationale, Dr Amadou Sy Savané, a adressé ce message aux enseignants du Mali : « Chers Enseignants et chers éducateurs, vous, à qui les familles et le Mali ont confié des enfants et des jeunes avides de connaissance, de savoir, vous avez accepté une responsabilité à la fois particulière exaltante et exigeante. Qui peut mieux que vous, montrer aux jeunes, le chemin qui mène à cet endroit sûr, à cette vie dynamique, vers le sommet, à leur réussite? Modelant des enfants d’aujourd’hui pour en faire des hommes, des dirigeants de demain, vous êtes l’alpha et l’oméga de la chaîne».
Il a réitéré sa disponibilité pour des échanges fructueux et son engagement pour une école apaisée, performante et inclusive.
Défis des enseignants au Mali
Si les enseignants maliens doivent gérer leur marathon quotidien sans être consulté dans les prises de décision, il faut aussi noter que les changements de dernière minute bouleversent leur agenda. Tel s’est avéré lors du report de la date de la rentrée scolaire prévue pour le 1er octobre 2024. A quelques heures de la rentrée, le ministère de tutelle a publié un communiqué repoussant la date au 4 novembre 2024.
Cependant ce retard qui affecte à la fois les enfants et les enseignants, n’est pas applaudit par le syndicat de l’éducation.

Rien n’est plus atteint à l’enfant que la préparation psychologique. Ce report a créé un choc chez les enfants. Avec le communiqué du département du 24 septembre, qui rassurait que la rentrée était bien maintenue pour le 1er octobre, tout le monde s’était mis dans cette dynamique. Chez les enseignants, c’est surtout le fait que beaucoup d’entre eux ont déjà effectué le déplacement pour regagner leur lieu de service dans des zones très éloignées de Bamako
a fait savoir Ousmane Almoudou Touré le porte-parole des enseignants.
Le second aspect, qu’il a ajouté, concerne l’impact sur le programme d’enseignement. Il a expliqué que les programmes sont donnés aux enseignants en répartition mensuelle ou trimestrielle. Ainsi il s’inquiète de l’impact négatif qu’aurait le mois perdu sur la progression du mois de janvier.
« Les enfants qui sont en classe de 10ème par exemple, n’arriveront pas à commencer en octobre, et cela impactera forcément ceux qui seront admis en 11ème année, ils ne vont pas suivre tout le programme de la 10ème et ils vont constater les retards au niveau de leurs classes suivantes » a-t-il indiqué.
Malgré cette complication, le syndicat ignore encore les mesures palliatives du département à cette situation.
Afin de pouvoir jouer pleinement leur rôle dans le rattrapage des cours, le syndicat affirme attendre les propositions du gouvernement.
« C’est cela la crise d’ailleurs. Quand on parle de valoriser la voie des enseignants, que les décisions de rentrée et de report soient prises sans consulter les acteurs principaux. Et ensuite la gestion de ce manque de temps, ce qu’on appelle couramment dans les jargons de l’enseignement, le temps réel d’apprentissage, on ne sait pas comment ce sera géré. Pour le moment, on n’a pas eu de communication par rapport à cela ».
Malgré tout, ce déficit d’enseignant…
Occuper 6 classes à la fois, ce n’est pas une tâche aisée pour un seul enseignant. C’est sûr le rendement ne sera pas pareil à celui du maître qui encadre une à deux classes. Pourtant c’est la situation qu’on assiste depuis des années au Mali.
«Non, forcément. Vous savez, en 2018, les statistiques disaient que le Mali avait besoin de 12 000 enseignants. Mais je ne pense pas qu’il y ait une évolution entre cette date et aujourd’hui. Vous savez, à partir de 2010, on a commencé à recruter des enseignants entre 4000 et 3000. Mais depuis 2020, on ne recrute que 300 à 200 enseignants. Et tous ceux qui ont fait la brousse, qui comprennent, savent très bien qu’à l’intérieur du pays, vous avez un enseignant qui détient 6 classes. Vous avez deux enseignants qui détiennent 6 classes. Donc tout cela témoigne du manque d’enseignants sur le terrain » a confirmé notre interlocuteur.
Selon lui, c’est un manque crucial. Il affirme qu’après les évaluations lors des sommets qui se sont tenus à New York, au-delà du Mali, le monde a besoin pratiquement de 40 millions d’enseignants.
« En tout cas, pour le Mali, c’est très compliqué. Si vous faites un tour dans les établissements, vous allez voir des écoles où, dans une seule classe il y a 100 élèves, c’est pas par manque d’infrastructures, mais souvent c’est par manque d’enseignants. Lorsqu’il y a un enseignant qui détient 6 classes, on a même inventé des méthodes qu’on appelle les « ECU, École à Classe Unique ».
Le porte-parole du syndicat de l’éducation appelle les parents d’élèves, à changer de regard sur l’enseignant « C’est l’enseignant et ce roulage à qui ils confient leurs enfants. C’est l’enfant et l’être le plus cher qu’un homme peut avoir. Maintenant, si vous acceptez de confier cette tête à des hommes et des femmes pendant 6 à 8 heures, ces gens méritent une considération et un respect de votre part ».
En reconnaissant que ce respect sollicité doit être mérité, il adresse ce message à ses collègues « Nous aussi, nous devons avoir une autocritique par rapport à notre propre comportement et faire en sorte qu’il n’y ait pas trop de reproches. L’être humain n’est pas parfait mais l’enseignement en tant que profession, l’erreur de l’enseignant est difficilement acceptée et tolérée dans la société. Donc il serait impératif pour nous, de nous améliorer et faire en sorte que nous puissions avoir cette symbiose avec la société. Parce que nous évoluons dans cette société, nous encadrons ses enfants ».
Cette journée de l’enseignant était marquée par la présence des Directeurs d’établissements, la Commission d’organisation, du Directeur national de la Fonction Publique, représentant du ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. La cérémonie fut clôturée par une remise d’attestations de reconnaissance.
Propos recueillis par : Fatoumata Kané

