Boubacar Kanouté, Président de l’UJRM: «Avec le numérique, la concurrence est rude et les anciens médias n’ont pas droit à l’erreur…»

L’union des journalistes reporters du Mali (UJRM) a organisé ce 26 juillet 2024, sa troisième nuit traditionnelle visant à récompenser les responsables d’organes de presse, les journalistes ayant respecté l’éthique et la déontologie à travers leurs différentes productions. Au total une quinzaine de lauréats ont reçu des prix. 

Un cadre d’interpellation, la nuit de l’Ujrm encourage les patrons de presse à satisfaire les journalistes malgré le contexte difficile. 

«Un organe de presse est une entreprise qui fonctionne avec des hommes et des femmes intelligents, intellectuels, qui ont appris ce métier pendant plusieurs années, qui ont payé pour apprendre ce métier et qui méritent un salaire digne, une protection sociale et une garantie en cas de maladie» a plaidé Boubacar Kanouté, Président de l’Ujrm. Il a indiqué plus de 150 journalistes membres de son association, recensés à partir des cartes. 

En plus de la soirée, l’association a organisé une journée de réflexion qui a été un lieu d’échanges et de partages d’idées sur l’état actuel de la presse malienne, en particulier sur les conditions de travail et de vie des journalistes, ce qui met en évidence la principale mission de l’Union. 

Nous rappelons que ces analyses et revendications ont été effectuées en présence du département de tutelle de l’information et de la communication, en plus des organisations de défense du droit à la presse notamment la maison de la presse dont à sa tête M. Bandiougou Danté et l’école supérieur de journalisme représenté par son directeur M. Aboubacar Maiga.

Qu’advienne la presse malienne?

«La presse malienne traverse actuellement des moments très difficiles. L’objectif était de mener une vraie réflexion sur l’état de la presse, avec le nombre pléthorique de médias qui poussent comme des champignons et face à une crise économique mondiale et nationale, mais aussi face au numérique, la nouvelle technologie de l’information et de la communication. Des éminents panélistes ont donné des idées et des pistes de solutions afin que les journalistes puissent s’adapter à la crise» a édifié Boubacar Kanouté.     

Salif Sanogo, Ancien Directeur de l’ORTM, ayant fait de son combat, le professionnalisme de la presse malienne,  ne dira pas le contraire «Les journalistes publient dans une précarité énorme. Sur 760 médias traditionnels, seulement 3% sont inscrits dans l’INPS» a-t-il indiqué.

De l’insuffisance du marché publicitaire, aux modèles d’entreprise de médias passant par le manque de niveau des journalistes, le débat était intransigeant entre les experts de médias et les jeunes générations de la presse. 

Pour couronner le tout, l’émergence de l’intelligence artificielle est perçue par les journalistes comme une transformation radicale des médias.  

«Les bouleversements technologiques que connaît continuellement la société obligent les journalistes à s’adapter en permanence, et notamment à adapter leurs pratiques et leurs manières de travailler. Avec le numérique, la concurrence est rude et les anciens médias n’ont pas le droit à l’erreur. S’ils veulent subsister, il va falloir vivre avec son temps. Les patrons de presse sont avertis, ils doivent suivre cette évolution au risque de voir leur outil de travail progressivement perdre du terrain, donc des journalistes davantage précarisés avec un pouvoir d’achat quasi inexistant» .

M. Diomansi Bomboté, journaliste chevronné, a exhorté les journalistes à la persévérance et est confiant que la presse écrite ne peut disparaître. «Entre l’enthousiasme, la démagogie, le journaliste doit garder sa crédibilité». 

Plusieurs aspects abordés dans la salle tournaient autour de l’impartialité dans les médias, la carence des journalistes en langue Français, l’insuffisance en enquêtes, le manque de niveau, … 

Salif Sanogo, en donnant des conseils en journalisme radio « On est jamais mieux préparé, les exercices de dictions doivent être pratiqués en permanence »

Certains journalistes ayant étudié le journalisme sur le tas, plaident pour faute de moyens à s’inscrire dans les universités. 

«Depuis 2006 j’ai commencé à la radio, par manque de moyens, je n’ai pas pu me marier. Mon entourage, mes proches, me questionnent sans arrêt. Nous essayons de garder notre crédibilité, sinon on souffre» disait un journaliste ressortissant de Tombouctou.

Le pourcentage annoncé par Salif Sanogo se confirme par la disparition de plusieurs médias. Par là, certains journalistes pensent fortement qu’un média tue un autre média, faisant allusion aux organes de presse en ligne.

Fatoumata Kané

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