Un séminaire d’envergure se déroule présentement à Bamako en vue de contribuer à la prise en compte du genre dans le processus électoral et dans les réformes politiques et administratives en vue d’assurer l’organisation du référendum et des élections générales. Débuté le 28 février 2023, cet événement qui engage d’importantes organisations féminines, termine jusqu’au 4 mars 2023.
Les travaux de ce séminaire sont axés sur 9 sessions plénières et 6 ateliers animés par les experts étatiques et indépendants en lien avec les réformes politiques, électorales et administratives dans le cadre de la mise en œuvre du processus de la refondation de l’Etat. Les résultats de ces travaux permettront de faire l’état des lieux de la prise en compte de la dimension genre dans le processus électoral et les réformes politiques et administratives au Mali.
Pour les leaders des organisations de la société civile, la participation des femmes est très importante dans le processus électoral d’où la nécessité de prendre en compte l’égalité du genre.
«Les femmes représentent la moitié de la population même si on dit 50,4%. On estime qu’un pays ne peut pas se développer sans la moitié de sa population. Voilà pourquoi nous faisons plusieurs plaidoyers pour rehausser la participation des femmes du Mali dans la vie de la nation et si on ne prend pas en compte leur besoin, c’est sûr que les bases ne seront pas solides. Nous pouvons dire qu’il y a des avancées notamment la loi 052 et des dispositifs au niveau de la nouvelle loi électorale pour améliorer la participation des femmes. Le grand défi est de respecter ces lois pour le plus grand bonheur des femmes» a souligné Fanta Coumba Karembé, présidente du réseau des jeunes femmes leaders des partis politiques et des organisations de la société civile.
Mme maiga Kadiatou Founê Maiga est la première femme préfète du Mali. Selon elle, les femmes ont énormément exprimé au cours de cet atelier, qu’elles sont marginalisées.
«Des organisations se plaignent de ne pas être prises en compte dans les réseaux des partenaires techniques et financiers et pour d’autres, elles ne sont ni conviées ni impliquées. Alors que si la femme s’implique il y a de forte chance que toutes les réformes puissent réussir» a-t-elle dit.
Des défis majeurs qui attendent l’application des lois …
Selon la représentante résidente de l’ONU Femmes, Marie Goreth Nizigama, la loi 052 du 18 décembre 2015, instaure des mesures de promotion du genre dans l’accès aux fonctions électives et nominatives, en contraignant les partis politiques à compter parmi leurs candidats la représentation d’au moins 30% de l’un ou l’autre sexe pour les élections. Pour la dimension nomination, l’application de cette loi demeure très timide. Aussi, la sous-représentation féminine dans la vie politique demeure en dessous de la proportion législative fixée.
«Dans les processus électoraux, un nombre d’articles de la loi 052 ont été pris en compte. Il s’agit de l’article 73, 78, 168, 181 et 208 qui stipulent que les listes de candidature sont irrecevables lorsque 78% sont uniquement des hommes ou des femmes. Au niveau de la mise en place des coordinations de l’AIGE dans le district, les communes, régions, consulats et ambassades, un certain nombre de dispositions devraient être prises en compte pour la participation et la prise en compte du genre. Un travail de plaidoyer doit être fait par les organisations de la société civile, des femmes, des partenaires techniques et financiers pour appuyer la participation des femmes au processus électoraux pour le genre soit pris en compte» a indiqué Mme Korotoumou Touré experte en appui aux reformes politiques et institutionnelles à ONU Femme Mali. Elle précise qu’il reste un travail de fond car c’est un processus de longue haleine.
«Nous avons aujourd’hui des lois formidables qui stipulent que les femmes ont les mêmes droits et devoirs que les hommes. Mais il y a des obstacles à la participation politique de la femme. Par exemple une femme qui exerce la politique, est mal perçue par la population, la société … Certaines femmes même estiment que les femmes ne sont pas aptes à exercer la politique ou c’est trop osée pour une femme de se présenter à certains postes de responsabilités» a souligné Mme Fatoumata, expert audit genre en recommandant la reconnaissance par toute la population et l’application stricte de l’article 1er de la nouvelle constitution qui dit «Tous les maliens naissent libres et égaux en droit et en devoir ».
Elle propose également de prendre en compte les besoins spécifiques de chaque être humain en termes de revendication des droits dans la société même les personnes qui perpétuent des violences.
A l’issue des travaux, une feuille de route sera proposée aux autorités maliennes ainsi qu’aux partenaires pour accompagner la prise en compte du genre dans le processus électoral et dans les réformes politiques et administratives en vue d’assurer l’organisation du référendum et des élections générales, ainsi que la conduite des réformes dans une démarche inclusive et représentative de l’ensemble de la population malienne, femmes et hommes.
Fatoumata Kané

