Les groupes terroristes et djihadistes s’approchent de plus en plus de Bamako. Les acteurs de la société civile appellent au changement de stratégie et à une communion entre les forces de l’Etat et la population civile afin de lutter ensemble contre le terrorisme au Mali.




Si les analystes se rejoignent sur un aspect, c’est bien les menaces terroristes qui s’approchent de Bamako.
« Nous avons été épatés en pensant que c’est une victoire, hors qu’en réalité les djihadistes ont juste changé de stratégie. Ils s’attaquaient à des camps militaires et des villages. En regardant l’évolution du terrorisme, on se rend compte qu’ils s’attaquent actuellement à des positionnements stratégiques notamment les axes (routes). Le nord du Mali n’est plus une zone qui est en conflit entre l’armée malienne et les djihadistes mais plutôt un conflit entre les groupes terroristes. L’Etat Islamiques est en conflit avec Al Qaïda, avec l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS) etc…» a décrit Pr Clément Dembélé, président de la plateforme contre la corruption et le chômage.
Il a rappelé le drame récent de Kati, le camp militaire le plus symbolique attaqué par les djihadistes, les frappes derrière Koulikoro, à Kassela, Markacoungo…
«Il y a une certaine négligence au niveau de certains check-point, postes, des péages. Nous avons constaté que des éléments qui sont stationnés à ces endroits sont souvent très distraits. Parfois ils sont dans les discussions, des causeries autour du thé, d’autres concentrés sur leur téléphone portable. On ne sait plus qui est qui. Le contrôle n’est pas du tout rigoureux dans les compagnies qui transportent les gens de Bamako à Ségou, à Sikasso dans d’autres régions. Il y a une certaine perméabilité qu’il faut voir » a déploré M. Ammy Baba Cissé, journaliste.
Selon Dr Aly Tounkara, Directeur exécutif du Centre des Etudes Sécuritaires et Stratégiques au Sahel (CE3S), de décembre à maintenant, les groupes radicaux violents ont eu beaucoup d’accrochages avec les éléments de force de défense.
« Tout cela a provoqué une sorte de dispersion des groupes en question, notamment les hommes obéissant à la Katiba Macina de Hamadoun Koufa. On a assisté au même scénario dans certaines localités d’Ansongo, suffisamment de sites ou de quartiers généraux ont été touchés par des actions militaires. Ces actions dirigées contre les quartiers généraux de groupe radicaux violents ont divisés les différents membres notamment ceux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans JNIM. Ils restent certes nuisibles, mais, ils sont moins nombreux qu’auparavant» dit-il.
Pour Clément Dembélé, président de la plateforme contre la corruption et le chômage, aujourd’hui, le Mali est confronté à une réalité économique amère, un tissu social fragile, un tissu juridique fragile et surtout une crise politique. « Le Mali est dans un état de déliquescence totale et il faut faire extrêmement attention pour que le pays ne soit pas le second Afghanistan », dit-il.
Au-delà de ce nouveau paradigme des groupes violents, d’après M. Mohamed Abdellah Elkhalil, spécialistes des questions sociales et sécuritaire au Sahel, ces attaques récurrentes sont liées à la multiplication des acteurs et le désaccord entre certains groupes terroristes notamment le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM et l’Etat islamique. « L’attention de l’armée nationale est plus portée sur le centre et le nord ».
« On se dit qu’on maîtrise Bamako et ses alentours. Nous sommes rassurés alors que les groupes terroristes se sont presque mélangés avec la population» s’inquiète-t-il.
La faim, la détresse des citoyens !
S’il est aussi important pour l’Etat de renforcer la défense sécuritaire par une augmentation et diversifications des armes nationales, pour les acteurs de la société civile, l’heure est à la réflexion et au développement de nouvelles stratégies et de renseignements.
« Les groupes terroristes parviennent à attaquer là où ils veulent et surtout des endroits qui étaient considérés comme non sensibles. Le dernier élément c’est de voir dans la durée comment rendre les militaires impopulaires. Lorsqu’on va continuer à toucher le centre urbain, nous assisterons à des possibles soulèvements, rejets de l’autorité militaires voire des sentiments d’incapacité militaires à asseoir une paix durable, ce sont des aspects qui finiront à avoir raison sur les militaires au pouvoir» indique Dr Aly Tounkara.
Les populations ne coopèrent pas, selon Amy Baba Cissé, journaliste. Il estime encore que ces gens ne savent pas comment détecter un malfaiteur ou un voyou.
«Les gens n’ont plus à manger, les gens sont désespérés, certains tirent le diable par la queue. Cela favorise des comportements et d’actes ignobles dans l’administration, parmi les forces de l’ordre. Les gens sont prêts à tout pour se faire de l’argent au détriment de la sécurité nationale et de toute une communauté».
Pr Clément Dembélé trouve que cette guerre asymétrique est pourtant gérée comme un combat militaire. « Nous sommes en train de mener les opérations militaires comme si cette guerre ne peut être résolue que par l’armée. Partout où il y a la crise économique, la pauvreté, la misère, l’injustice, le terrorisme prendra toujours le devant et le terrorisme trouve toujours les réponses dans les frustrations des populations. Quand l’Etat est absent, le terrorisme prend toujours la place », a-t-il rappelé.
Que faut-il donc faire?
«Malheureusement ces incursions urbaines peuvent être difficilement combattues par la seule réponse militaire. Il est extrêmement important de jouer sur des causes profondes notamment le fait qu’on a fini par ethniciser le conflit, communautariser l’action violente, et si l’on ne travaille pas sur ces dimensions, le fait que certaines communautés se sentent discriminées, ou étiquetées comme des terroristes ou soutien aux groupes terroristes, ce sera difficile pour l’armée malienne d’arriver au bout de cette insécurité» a interpellé Dr Aly Tounkara.
La réponse stratégique est pour Pr Clément Dembélé, le développement des renseignements car pour lui la plus grande faiblesse du Mali, est surtout le déficit de renseignement. Le spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, Mohamed Abdellah Elkhalil, vient de produire un livre sur les réponses citoyennes à la lutte contre le terrorisme au Mali. Il appelle au changement stratégique de contrôle anti-terroriste sur les axes Ségou-Bamako.
«Il faut contrôler les bus à chaque 100Km; 75 Km; 50 Km à Baguineda, Kassela et vers Banamba. Le Mali est le cœur du sahel. Aujourd’hui nous sommes devenus la base de ces groupes. L’Etat doit réfléchir et voir sa nouvelle stratégie devant être basée sur quelques groupes notamment les chefferies traditionnelles, les leaders religieux, la jeunesse et les femmes et la société civile» a-t-il fait savoir.
D’après lui, le lien entre l’armée et la population permet de diversifier les bonnes informations en toute sécurité. Il invite le pouvoir à impliquer impérativement la population.
M. Amy Baba Cissé, explique que les éléments incontrôlés qui attaquent à tort et à travers en faisant des embuscades, sont des individus déterminés qui ont une mission et qui sont prêts à tout pour l’accomplir. «La nouvelle méthode que nous avons adoptée n’est pas du tout la bonne. Ce n’est pas comme ça qu’on va vaincre le terrorisme. De plus en plus, ils gagnent du terrain et font quelques actes d’éclats. A l’intérieur des grandes villes, les forces de l’ordre n’ont pas les moyens de prévenir »rejette-t-il.
Quant à Dr Aly Tounkara, il pense que les réponses militaires, sont certes utiles mais loin d’être suffisantes car cette guerre est complexe. Il suggère de jouer pleinement sur les tissus sociaux, travailler sur les stigmates dont certaines communautés font l’objet. Il soutient aussi le développement de renseignements humains comme mécanismes de réponses.
«On continue à estimer que les peulhs sont victimes d’amalgames. Si on reste à Bamako, dire qu’il n’y a pas de problème, on ne va jamais trouver de solutions. Il y a des endroits où les dogons et les peulhs ne fréquentent plus les mêmes foires. Si on continue à dire que l’armée monte en puissance qu’au même moment il y a de bavures commises par certaines actions militaires, et qu’on nie, on ne va jamais avancer. Il faut reconnaître les faits et s’attaquer aux causes profondes» dit-il.
Faut-il des réponses culturelles?
La réponse culturelle dépend, selon Dr Aly Tounkara, des aspects culturelles auxquels nous faisons allusion. Certaines autorités coutumières ont perdu leur crédibilité. Il affirme que les chefs de village, quartier qui se sont inféodés aux pouvoirs n’ont plus de légitimité.
« Il faut beaucoup nuancer l’apport culturel. La force d’une culture réside dans l’équidistance. Lorsqu’on n’est chef coutumier, religieux, ou une personnalité estimée par notre terroir, on est censé être équidistant. Beaucoup de chefs coutumiers, religieux et même de la société civile ont pris part aux conflits ».
Quant au Pr Clément Dembélé, il suggère des solutions relatives au volet culturel, à la stratégie de relation et de communication qui n’ont jamais été bien exploitées à son avis. D’après son analyse, le centre du Mali, une partie de Liptako-Gourma, a toujours été une zone de conflits depuis le temps des royaumes de l’épopée mandingue et ces conflits se réglaient par des variantes culturelles.
« Qu’est-ce qui nous empêche de revisiter notre histoire ?, revoir les méthodes de résolution de conflits par des griots et chanteurs. Pendant une trêve momentanée, il faut développer l’économie, montrer la présence de l’Etat qui s’accompagne par la présence de l’armée » insiste-t-il.
Fatoumata Kané


terrible je n’ai pas de mots… juste courage a vous tous
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