ADAM DICKO, DIRECTRICE EXÉCUTIVE DE L’ AJCAD: « Il faut un accompagnement économique et une loi contre les violences »

Pour réparer les dégâts de la pandémie sur les femmes, il faut aller à l’adoption d’une loi qui protégera les femmes et criminalisera les violences. Pour elle, il est important de contextualiser les choses. 

Adam Dicko, directrice de l’AJCAD

« La pandémie du coronavirus a frappé le monde de plein fouet et les femmes ne sont pas restées en marge de ces impacts. Elles ont été les premières victimes sur le plan économique.  Personnellement sur le plan social, la plupart de nos actions sont des sensibilisations qui nous obligent à être en contact physique avec les autres, de renforcer leurs compétences en échangeant avec eux. Vu que les contacts physiques étaient interdits par les mesures barrières, la plupart de nos actions qui devaient se tenir en masse, ont été suspendues. Nous travaillons avec des aides ménagères et nous avons constaté en période de Covid-19, les violences domestiques ont énormément augmenté notamment envers les aides ménagères. Lors des couvre-feux, certains hommes ont été plus violents avec leurs femmes et les filles domestiques.

Des enfants aussi violents qui étaient obligés de rester à la maison pendant un moment, n’ont pas hésité à exercer de la violence sur ces filles ménagères. Les gens étaient contraints à rester à la maison, ce qui a poussé des personnes violentes à exercer leurs violences sur les personnes qu’elles pensent faibles qui sont le plus souvent des aides ménagères et autres.

Les femmes qui font les petits commerces, ont été durement frappées par les conséquences de Covid-19. Celles-ci étaient obligées d’arrêter leurs activités génératrices de revenus. Vu que l’économie a été durement frappée, le pouvoir d’achats avait beaucoup diminué. 

Les femmes n’ont pas très souvent d’activité pour se distraire, se déstresser et ces activités pour nous ce sont les mariages, baptêmes. Je dirai oui de laisser les femmes aller à ces festivités car ce sont les seules occasions pour nous de nous distraire en oubliant nos quotidiens. Ces activités ont été considérablement réduites en période pandémique. Alors les femmes n’avaient plus beaucoup d’activités de distraction ni des activités qui leur généraient les sous.

Pour réparer les dégâts de la pandémie sur les femmes, il faut aller à l’adoption d’une loi qui protégera les femmes et criminalisera les violences. Il est important de contextualiser les choses. 

Nous sommes dans une société où le social joue un très un grand rôle dans la vie de tous les jours. Il est vrai que l’impact est moins visible en Afrique qu’en Europe ou en Amérique, mais il est important d’accentuer la sensibilisation autour de la maladie. En terme économique, il faut véritablement qu’il y ait un plan d’accompagnement. Quand on parle de l’entrepreneuriat, on a tendance à oublier la vendeuse de beignets, la vendeuse de condiments au marché, pourtant elles sont entreprenantes et vivent de leurs activités. Elles ont besoin d’accompagnement. Elles ont besoin d’être soutenues et considérées. Il est important que les mesures prises soient inclusives. Que ces mesures ne se limitent pas à donner des data pour avoir l’électricité ou autres charges, mais que ces mesures permettent aux citoyens de pouvoir subvenir à leurs besoins dignement.

La femme est naturellement forte, sait s’adapter et contextualiser les choses. Elle a une grande capacité de trouver des opportunités dans chaque faiblesse. Ce sont ces capacités que les femmes ont su exploiter en période coronavirus. Elles ont su développer ces capacités et surtout la mise en place d’un élan de solidarité pour sensibiliser les autres mais aussi faire face à la situation. 

Plusieurs femmes ont su réorienter leurs activités. L’Ajcad, qui œuvre dans l’entrepreneuriat social, a utilisé la restriction du contact physique pour initier des stratégies afin de rester en contact avec ses bénéficiaires via les réseaux sociaux. 

Nous travaillons avec une couche nommée ‘’les sans voix’’ constituées de ménagères et des enfants de la rue. Nous leur avons doté de téléphones portables en installant des applis WhatsApp pour pouvoir discuter avec eux. Nous avons développé plusieurs autres stratégies pour pouvoir discuter avec eux à distance. 

C’est l’accompagnement économique qui a beaucoup manqué aux femmes pendant la pandémie. Les femmes qui vendaient les nourritures, pendant le couvre-feu, ont été obligées de réorienter l’heure de leur commerce en ramenant du soir au petit matin, mais il faut savoir que les revenus n’avaient plus le même effet. 

Cette pandémie nous oblige à avoir de nouvelles visions du monde, initier des réformes au niveau mondial par rapport à notre santé et nos modes de vie. Il est important que ces nouvelles réformes soient sensibles aux questions du genre et il est important que le monde post-19 ou avec-19 soit un monde qui se fait avec les femmes. Que la capacité de résilience des femmes soit magnifiée, célébrée et mise en valeur. Qu’on sache que les femmes sont très fortes et qu’elles soient associées à la recherche de solutions car elles sont résilientes et sont les plus victimes devant cette maladie ». 

Fatoumata Kané

Source: Mali Tribune

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