En dépit d’être privés d’entendre et de parler, les élèves sourds-muets savent bien lire et écrire. Toutes les communications se déroulent en langage de signes et illustrations. Aussi ils sont très doués en éducation sportive.
Selon une enseignante de EDA Hippodrome, Mme Diabaté Alima Sissao, les difficultés d’enseignement au préscolaire sourd-muet, sont multiples. Elle précise que les enfants en état de déficience auditif ont tendance à oublier très vite. La qualification des enseignants en langage de signes est primordiale. A son avis, il faut une solide formation pour les enseignants de l’EDA.
En préscolaire section petite à l’Hippodrome, les enfants de 2 à 4 ans sont au nombre de 29 écoliers dont 10 garçons et 19 filles. Les préscolaires sont dotés des matériels didactiques tels que les jouets, les tables rondes et sièges, une télévision et bien d’autres.
A notre visite, les élèves de la section moyenne étaient en séance plein air. C’est une séance qui amène les enfants à pratiquer différents jeux qui rentrent dans le cadre de leur formation. C’est à l’âge de 5 à 6 ans que les enfants sont envoyés à la grande section. A ce stade beaucoup comprennent le langage de signes.
“Nous préparons les signes pour les rendre compréhensibles aux élèves. Toutes les 26 lettres de l’alphabet et les 10 chiffres (0-1-2-3-4…) sont représentés en signe. On éprouve de la peine à nous faire comprendre par les enfants car il y a d’autres parmi eux qui sont déficients mentaux. La surveillance permanente est la clé de leur protection. On les surveille de près pour ne pas qu’ils se blessent entre eux. Pour pallier leurs bousculades et cris, on dispose des jeux et un téléviseur qu’on allume pour garder leur attention. A la fin des dessins animés, ils sont même en mesure de raconter les images. Ces enfants adorent les jouets mais nous disposons de peu pour les satisfaire tous à la fois”, a expliqué Mme Koureichy Fatoumata Sylla, moniteur en grande section.
Le directeur de la petite enfance, Makan Koné a fait savoir qu’il faut beaucoup de mimiques pour amener les enfants à comprendre les savoirs transmis. Par exemple pour leur parler d’oiseau, il faut interpréter les gestes et forme d’un oiseau.
En phase terminale du premier cycle, c’est-à-dire en 6ème année, les élèves obtiennent un peu de maturité et ils comprennent facilement dans la plus grande sérénité. Ils savent lire et écrire en ce moment, mais ils expliquent par des gestes de signes.
Selon la directrice du premier cycle, des matériels auditifs existent pour augmenter l’audition des enfants sourds. Parmi ces appareils on trouve le prothèse et implant cochléaire. Mais elle prévient que ces appareils peuvent provoquer des complications en cas de mauvais usage sans prescription des spécialistes.
Plusieurs parents d’élèves s’impliquent dans l’éducation et la prise en charge adéquate de leurs enfants vivant avec ce handicap. La maman de Hadjarata Abdoulaye est une mère exemplaire qui s’investit dans l’éducation de sa fille.
« Elle est née sans ce handicap mais l’a acquis suite à une méningite. On l’a inscrit à l’âge de 6 ans, elle est intelligente et ne se débrouille pas mal. Au premier cycle elle obtenait des bonnes notes et avait 6 comme faible moyenne. Ses moyennes variaient entre 12 et 13 au second cycle. Malheureusement elle n’a pas réussi l’examen du DEF cette année. On ne se décourage pas, j’ai pris des cours à domicile pour elle. Je lui consacre la majeure partie de mon temps. Le frais de sa scolarité est à 2000 Francs’’ a-t-elle affirmé.
Certains parents s’impliquent
Dans la société, quelques enfants normaux ont tendance à stigmatiser les enfants en état handicap. Et cela engendre souvent le manque de confiance chez eux. Ils peuvent échapper à ces comportements sociétaux lorsqu’ils sont bien défendus et protégés par les parents comme c’est le cas avec la mère de l’élève Hadjarata.
“Elle n’est pas embêtée par les autres enfants à cause de son handicap car à mon avis cela dépend de la manière dont les parents s’occupent de l’enfant en déficience auditif. Si les parents ne s’occupent pas de leur enfant handicapé, c’est évident qu’il soit à la merci de tout le monde. Les conseils que je donne aux parents d’enfants handicapés auditifs, c’est de leur demander de ne pas les délaisser, de bien s’occuper en leur donnant la chance d’aller à l’école. C’est important qu’ils apprennent et la preuve avec notre fille Hadjarata, on communique bien. Elle écrit tout ce qu’elle a besoin de dire”, poursuit-elle.
“Pour détecter la surdité chez son enfant, il faut effectuer un dépistage précoce avec ORL. Le dépistage permet également de connaitre le degré de surdité de l’enfant en vue d’utiliser la méthode adéquate et adaptée à lui”, a indiqué Makan Koné.
Dans les écoles de déficients auditifs, la majorité des enseignants ne sont pas des sourds mais ils sont appuyés par quelques enseignants sourds, notamment dans le préscolaire. Nouhoum Keita est un enseignant, éducateur au préscolaire à l’Hippodrome. Il est sourd-muet et enseigne en petite enfance, petite section. Il est également le président de l’équipe nationale des sourds au Mali. Son équipe a remporté de multiples trophées en football en Tunisie, au Ghana, en France, au Mali et bien d’autres.
“Je ne suis pas né sourds-muets. Je suis tombé gravement malade lorsque j’étais petit et à mon rétablissement j’ai attrapé la surdité. A l’époque, il n’y avait pas d’école spéciale pour les déficients auditifs. Dès que j’ai eu 12 ans, mes parents m’ont envoyé en France pour mon éducation. A Marseille je me suis spécialisé en enseignement et en langage de signes. Je n’ai pas eu assez de difficulté, car j’étais entouré des camarades sourds-muets”, raconte-t-il sa petite histoire. A ses dires, il n’a pas de difficulté pour communiquer avec ses élèves, car il est mieux placé pour comprendre leurs attentes et il possède des méthodes adéquates pour leur apprendre.
“Les conséquences liées à la surdité sont énormes, le manque de compréhension dans la société, la marginalisation des enfants en handicap auditif. L’apprentissage des déficients auditifs se déroule dans une communication purement gestuelle”, a expliqué le Directeur de Jigiya Kalanso Bakary Traoré.
A notre passage à Jigiya Kalanso, on remarque bien que les enfants déficients auditifs adorent les petites attentions et sont contents de voir des points de similarité entre eux et les personnes sans handicap. Fatoumata Kané, est une brillante élève en 6ème année à Jigiya Kalanso. Elle nous relate sa situation. “Je suis devenue sourde à la suite d’une maladie. Je parviens à bien étudier et je ne me plains pas car mon handicap ne m’empêche dans rien. A la maison, je m’exerce en lisant des documents à travers les signes. En dehors de mes études, je fais des travaux ménagers”, dit-elle.
Fatoumata Kané
Source: MaliTribune

